Bonhomme – de Marion Vernoux

Samedi 29 septembre à 20h30

Date de sortie 29 août 2018 (1h 43min)

De Marion Vernoux

Avec Nicolas Duvauchelle, Ana Girardot, Béatrice Dalle

Genre Comédie dramatique

Nationalité français

Synopsis

La vie de Piotr et Marilyn, jeune couple de la banlieue lilloise, va être bouleversée suite à un accident de voiture. Traumatisé crânien, Piotr, s’il garde son physique avantageux, n’a plus toute sa tête : tantôt matou apathique, tantôt fauve en rut à l’hypersexualité débridée.

Pour Marilyn, convaincue que son amour pour lui peut le sauver, c’est le début d’une épopée menée vaille que vaille et cul par-dessus tête.

Anecdotes

Intention de départ

Marion Vernoux avait pour intention de départ de poser la question des raisons profondes pour lesquelles une personne en aime une autre. Dans Les pensées de Pascal (Qu’est-ce que le moi ?), l’auteur écrit « qu’on aime donc jamais personne, mais seulement des qualités ». La réalisatrice explique : "Qu’advient-il si ces qualités se trouvent altérées ou retirées ? Quelle est la permanence du langage dans un couple quand celui-ci est désarticulé ? La connexion s’est faite un jour où j’ai entendu à la radio un reportage sur le syndrome frontal. Les séquelles dont souffrent les traumatisés crâniens sont communément appelées handicap invisible. C’est le cas de Piotr dont, à première vue, on ne peut deviner le chaos intérieur."

Enquêter...

Marion Vernoux s'est dans un premier temps concentrée sur l’histoire. Pour construire le personnage de Piotr, la cinéaste a visionné des documentaires dont Je suis d’Emmanuel Finkiel, centré sur le quotidien de personnes cérébro-lésées. Elle a ensuite enquêté et L’UNAFTC (Union Nationale des associations de familles de traumatisés crâniens et de cérébro-lésés) l'a alors beaucoup aidée.

"Les hommes et les femmes avec lesquels je me suis entretenue m’ont permis de comprendre les dysfonctionnements dont ils souffraient. Ces troubles peuvent être liés au langage, à des difficultés de concentration, de mémorisation, de réflexion, de planification des tâches. Cela peut aussi conduire à une apathie ou une désinhibition qui peut se traduire par une hypersexualité. Ces troubles entraînent une modification du caractère. La plupart des traumatisés crâniens n’ont pas forcément conscience de leurs actes. Ils sont sans filtre, ne se soucient pas du regard des autres. Cette nouvelle forme d’innocence mêlée à cette douleur liée à la perte de l’autre (celui d’avant le traumatisme) m’a profondément touchée", se rappelle Marion Vernoux.

Un projet de longue date

Marion Vernoux a débuté l’écriture de Bonhomme en 2009. La réalisatrice a écrit un nombre considérable de versions, et à mesure qu’elles s’accumulaient, elle a eu peur de perdre l'essentiel de ce qu'elle voulait raconter. Elle confie : "Cet handicap si singulier me mettait mal à l’aise. Le sujet semblait délicat à transposer à l’écran sans verser dans le pathos ou l’outrancier. Cela posait la question du registre du film : Plutôt Haneke ou Farrelly ? Le fait d’avoir beaucoup réécrit m’a permis de gratter l’histoire jusqu’à l’os."

Milieu précaire

On dénombre dix mille cas de traumatisés crâniens dits sévères chaque année en France, sans distinction de milieu. Le personnage d'Ana Girardot est caissière chez Go Sport et celui de Nicolas Duvauchelle vend des cuisines chez But. De par ces choix, Marion Vernoux témoigne de son attirance pour la vacance, la précarité et aussi pour la marginalité. Elle note : "Ce milieu dit modeste, je l’ai traité dans Rien à faire. La vacance, dans Les beaux jours. Je n’ai pas envie de raconter ce qui se passe en bas de chez moi. Mon imagination me téléporte ailleurs. Le dénominateur commun n’est donc pas tant le milieu dans lequel je pose ma caméra, mais la périphérie, au sens propre et au sens figuré. Comme un bord cadre."

Les prénoms des personnages

Dans les films de Marion Vernoux, les couples s'appellent toujours Pierre et Marie. Pour Bonhomme, la cinéaste voulait que le garçon ait des racines slaves, qu’il soit d’origine étrangère et parfaitement intégré, ce qui a donné Piotr. Quant à Marilyn, Vernoux a rajouté un « Lyn » à Marie : "J’avais en tête une jeune femme dont le destin n’est pas celui qu’elle s’était rêvé. Fille unique, père inexistant, famille monoparentale, élevée par sa mère. Je voulais que le pôle libertaire soit féminin. Marilyn a une espèce de veine artistique, elle est solaire, créative, cash, débrouillarde, parfois bizarre sans être godiche, elle est caissière, elle n’est pas à sa place. Le pôle familial dans les clous, un peu rigide, plutôt catho coincé vient du côté de Piotr", explique-t-elle.

Sara Forestier quitte le navire

Sara Forestier, l’actrice pressentie dans le rôle de Marilyn, s'est désistée un an après avoir donné son accord et après trois jours de tournage (en raison de sa brouille avec son partenaire). Elle a été remplacée par Ana Girardot. La nature de cette dernière a modifié le profil de la Marilyn initiale comme l'explique Marion Vernoux : "Dans les premières versions du scénario ma Marilyn était plus dingue, plus dérangeante. On pouvait la soupçonner de tirer la couverture à elle, d’être intéressée, de se servir de son bonhomme comme faire valoir. Ana a eu une tout autre lecture du personnage. Tout en préservant sa complexité, parfois même son opacité, sa Marilyn dégage une énergie et une spontanéité authentiques qui doivent beaucoup à la personnalité d’Ana dans la vie."

Changement de titre

A l'origine, le film s'appelait "Vérifier le système", avant de devenir Bonhomme. Marion Vernoux aimait beaucoup ce titre mais il s'agit d'un nom de code puisqu'il évoque le message qu’indique un ordinateur quand il bug. "Si Bertrand Blier n’avait pas réalisé Mon homme, j’aurais appelé mon film comme ça. Mais dans Bonhomme, il y a aussi cette notion de douceur, de bonté, d’humanité. C’est aussi le prénom du chien de ma voisine, et surtout le titre d’une chanson de Georges Brassens que j’adore", précise la cinéaste.

Béatrice Dalle mère de l’héroïne

Béatrice Dalle joue la mère de Marilyn. La comédienne a commencé par accepter le rôle, puis a lu le scénario et a refusé en disant à Marion Vernoux : « moi, jouer une esthéticienne qui s’appelle Annick... Jamais ! ». "Je l’ai embobinée, la négociation a tourné autour du fait qu’elle voulait s’appeler Kurt Cobain. Je lui ai dit que ça allait être un peu compliqué, mon héroïne s’appelant déjà Marilyn Moreau. Finalement c’est Jo", se rappelle Vernoux.

Souvenir de tournage

Marion Vernoux avait déjà tourné avec Nicolas Duvauchelle dans la série Rien dans les poches

où le comédien jouait un personnage qui meurt du sida dans les années 1980. La réalisatrice se souvient d'une anecdote à ce sujet : "Sur le tournage, il y avait une scène de lit avec Emma de Caunes. Elle est à plat ventre sur le lit, nue, je la recouvre avec le drap et lui est à ses côtés, allongé sur le dos. En général quand on tourne ce genre de scène, les acteurs enlèvent leurs sous-vêtements au dernier moment. Or, au moment où je lance le moteur, Nicolas enlève son caleçon. Je dis « Stop ! Coupez ! » Nicolas me regarde et me dit : « tu crois peut-être que le mec a chopé le sida sans enlever son slip ? ». Je n’osais pas le regarder et lui réponds : « Non, mais tu ne peux pas te montrer nu devant moi, c’est impossible ». Goguenard, il m’a proposé de quitter le plateau et qu’on tourne la scène sans moi ! Depuis ce jour, je sais que Nicolas n’a pas de problème de pudeur, ni d’impudeur, il a un juste rapport avec son propre corps."

Quelques critiques presse

BIBA par Lili Yubari

En s'attaquant à un sujet grave (le handicap invisible), Marion Vernoux réussit à en faire une comédie drôle et borderline qui pose frontalement des questions taboues.

20 Minutes par Caroline Vié

Nicolas Duvauchelle est épatant dans « Bonhomme » de Marion Vernoux.

Culturebox - France Télévisions par Pascale Deschamps, Jean-François Lixon

Nicolas Duvauchelle bouleversant en traumatisé crânien.

Femme Actuelle par Sabrina Nadjar

Une histoire d'amour poignante, marquée par la performance du duo d'acteurs.

LCI par La Rédaction

Un rôle brillamment interprété par Nicolas Duvauchelle, au côté d'Ana Girardot.

Le Nouvel Observateur par Jérôme Garcin

Du cinéma à hauteur d'homme.

Marie Claire par Juliette Hochberg

Les silences font des lignes entières dans le scénario, parce que la réalisatrice a souhaité traiter les sujets du handicap, et du couple à l'épreuve du handicap, sans pathos.

Ouest France par La Rédaction

Un film d'amour porté par un Nicolas Duvauchelle stupéfiant.

Rolling Stone par Jessica Saval

Drame sardonique savamment ironique, Bonhomme porte un regard douloureusement humain sur l’amour véritable et rappelle avec doigté que l’on peut « oublier qui on est, mais pas qui on aime ».

La Croix par Corinne Renou-Nativel

En épousant le point de vue de la jeune femme lorsqu’elle est seule avec Piotr et en prenant un tour plus objectif quand ils sont séparés, la mise en scène souligne leur lien. Le film impose une tonalité singulière où gravité, humour et tendresse font bon ménage.

Le Journal du Dimanche par S.J.

À la fois comédie sociale et métaphore de la fidélité au-delà de tout, cette variation pétillante de Marion Vernoux vaut notamment pour son couple d'amoureux confrontés aux aléas de la vie. À commencer par Nicolas Duvauchelle, surprenant en innocent priapique qui ne quitte pas ses tongs.

Le Monde par Murielle Joudet

Si Bonhomme observe le quotidien d’un jeune couple bouleversé par un drame qu’il doit surmonter, le film amorce insensiblement une série de virages qui emmènent le récit très loin de ce qu’on pouvait prévoir.

Les Fiches du Cinéma par Chloé Rolland

À travers le récit d’un couple de jeunes gens face au handicap, Marion Vernoux traite du climat social d’une époque assez peu bienveillante avec sa jeunesse et saisit leur singularité débrouillarde avec une grande finesse.

Première par Thierry Chèze

Marion Vernoux (Les beaux jours) signe avec Bonhomme un film d’amour détonnant et irrévérencieux porté par deux acteurs remarquables.

Sud Ouest par Sophie Avon

Marion Vernoux ("Les beaux jours") empoigne cette histoire singulière non sans culot. Ne renonçant pas à l’humour, voire à la cocasserie des situations, elle filme la détresse d’un couple peu outillé pour faire face à une telle épopée. Car il s’agit bien d’une épopée intime avec un Nicolas Duvauchelle plus animal que jamais.

Télé 7 Jours par Isabelle Magnier

Si, au début, la trivialité du sujet désarçonne, on est vite séduit par la vitalité et la drôlerie de cette comédie crue sur l'amour à l'épreuve du handicap, grâce au talent de Nicolas Duvauchelle, impressionnant, et d'Ana Girardot.

Voici par Lola Sciamma

Une comédie tendre et même romantique, qui a le mérite de traiter de tabous sans pathos.

L'avis du projectionniste

Une belle interprétation de Nicolas Duvauchelle et Ana Girardot rend ce film attachant, émouvant, triste et dérangeant à la fois. De la crédibilité dans ce récit entre deux êtres qu'un accident de la route va transformer. Entre comédie et gravité "Bonhomme" se voit avec plaisir.