Capharnaüm (VO/st) – de Nadine Labaki

DIMANCHE 18 NOVEMBRE à 17h

Date de sortie 17 octobre 2018 (2h 03min)

De Nadine Labaki

Avec Zain Alrafeea, Nadine Labaki, Yordanos Shifera

Genre Drame

Nationalités libanais, français

Synopsis

À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question :  » Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? « , Zain lui répond :  » Pour m’avoir donné la vie ! « . Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.

Anecdotes

Variété de thèmes

Nadine Labaki ressent toujours le besoin, à travers ses films, de s’interroger sur le système préétabli, son incohérence, et même d’imaginer des systèmes alternatifs. La réalisatrice explique : "Au départ de Capharnaüm, il y a eu tous ces thèmes : les immigrés clandestins, l’enfance maltraitée, les travailleurs immigrés, la notion de frontières, leur absurdité, la nécessité d’avoir un papier pour prouver notre existence, laquelle serait invalide le cas échéant, le racisme, la peur de l’autre, l’impassibilité de la convention des droits des enfants…"

Un moment bouleversant

Nadine Labaki a toutefois choisi d’axer le film sur le thème de l’enfance maltraitée, une idée née parallèlement à ce travail de brainstorming, à la suite d’un moment bouleversant de par sa coïncidence avec la réflexion qu'elle avait entamée. Elle se souvient : "En rentrant d’une soirée, il devait être 1h du matin, je m’arrête au feu rouge et je vois là, sous ma fenêtre, un enfant assoupi dans les bras de sa mère qui mendiait à même le bitume. Le plus frappant, c’est que ce petit qui avait 2 ans ne pleurait pas, il ne demandait rien et ne semblait rien vouloir d’autre que dormir. Cette image de ses yeux qui se fermaient ne m’a plus quittée, si bien qu’en arrivant chez moi, je me suis trouvée prise d’une nécessité : en faire quelque chose. Je me suis mise alors à dessiner le visage d’un enfant qui crie à la face des adultes, comme s’il leur en voulait de lui avoir donné naissance dans un monde qui le prive de tous ses droits. C’est par la suite que l’idée de Capharnaüm s’est mise à germer, en prenant l’enfance comme point de départ parce que, de toute évidence, c’est cette période qui détermine le reste de la vie."

Signification du titre

Le titre, « Capharnaüm », s'est imposé à Nadine Labaki sans que la cinéaste ne s'en rende compte. Lorsqu'elle a commencé à réfléchir sur le long métrage, son mari lui a proposé d’inscrire sur un tableau blanc posé au milieu de leur salon tous les thèmes dont elle voulait parler, ses obsessions du moment. "En prenant un peu de recul par rapport à ce tableau, je lui ai dit : en fait, tous ces sujets forment un tel capharnaüm ! Ce film sera (un) capharnaüm", se rappelle-t-elle.

Côté casting

Tous les acteurs de Capharnaüm sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du film. Ainsi, la vraie vie de Zain est similaire (à quelques détails près) à celle de son personnage, idem pour Rahil qui était sans papiers. Pour le personnage de la maman de Zain, Nadine Labaki s'est inspirée d’une femme qu'elle a rencontrée, qui a 16 enfants et qui vivent dans les mêmes conditions que celles de Capharnaüm. Six de ses enfants sont décédés et d’autres sont dans des orphelinats à défaut de pouvoir s’en occuper. Celle qui joue le rôle de Kawthar a réellement nourri ses enfants au sucre et aux glaçons. La réalisatrice développe :"À ce casting où, même le juge est un juge, j’étais la seule « fausse-note » au milieu des acteurs. C’est la raison pour laquelle mon intervention en tant qu’actrice, au coeur de la vérité des autres, a été minime. Le terme « jouer » m’a toujours posé problème, et précisément dans le cas de Capharnaüm où le propos requiert une sincérité absolue. Je devais ça à tous ceux pour qui ce film servira d’étendard pour leur cause. Il fallait donc absolument que les acteurs soient des gens qui connaissent les conditions dont il est question, afin d’avoir une légitimité quant à parler de leur cause."

"Le casting sauvage s’est imposé, dans la rue, et comme par magie, car je suis convaincue qu’une force veillait sur ce film, tout s’est mis en place. »

Accouchement

Nadine Labaki venait d’accoucher de son deuxième enfant au moment du tournage. La cinéaste se remémore : "La naissance de ma fille Mayroon, dont l’âge est proche de celui de Yonas, mes montées de lait qui coïncidaient avec celles de Rahil dans le film, cette expérience double, vécue sur le tournage et dans ma vie privée entre lesquelles je devais jongler a certainement exacerbé tout mon rapport avec ce film et cette aventure bouleversante. Même si je rentrais chez moi entre deux prises pour allaiter ma fille, même si je ne dormais pratiquement pas, une force inexplicable m’a habitée tout au long du tournage… C’était incroyable."

Au plus près du réel

Capharnaüm est une fiction dont tous les éléments sont des choses que Nadine Labaki a réellement vues et vécues au cours de ses recherches sur le terrain. Rien n’y est fantasmé ou imaginé, au contraire, tout ce qu’on y voit est le fruit de ses visites dans des quartiers défavorisés, des centres de détention et des prisons pour mineurs, où elle se rendait seule. "Ce film a nécessité 3 années de recherches car il fallait que je maîtrise mon sujet, que je l’observe à l’oeil nu, à défaut de l’avoir vécu. J’ai compris, en même temps que je m’attaquais à une cause si complexe et sensible à la fois, qui me touche autant qu’elle m’était étrangère, qu’il fallait que j’aille me fondre dans la réalité de ces êtres humains, de m’imbiber de leurs histoires, leur colère, leur frustration afin de la relayer au mieux dans le film. Il fallait que je commence à croire en mon histoire avant de la raconter. Ensuite, le tournage s’est fait dans des quartiers défavorisés, entre des murs qui ont témoigné de drames identiques, avec une intervention minimale sur le décor, et des acteurs à qui il a été simplement demandé d’être eux-mêmes. Leur vécu a été dirigé de manière à servir la fonction. C’est aussi la raison pour laquelle le tournage a duré 6 mois avec plus de 520 heures de rushes au compteur", note Nadine Labaki.

Quelques critiques presse

Bande à part par Olivier Bombarda - "Capharnaüm" de Nadine Labaki, Prix du Jury à Cannes 2018, est une œuvre bouleversante sur le thème de l’enfance maltraitée. S’il déchaîne pleurs et passions – certains détracteurs se sentant « manipulés » – le film lance aussi un débat sur le sort des réfugiés.

La Croix par Jean-Claude Raspiengeas - Par une mise en scène au plus près de ses acteurs qui jouent leur propre rôle, la réalisatrice libanaise Nadine Labaki signe l’une des plus belles œuvres sur l’enfance mal aimée.

L'Express par Christophe Carrière - C'est prenant, haletant même, un poil surligné par la musique, mais cela reste du cinéma fort, concernant et romanesque.

20 Minutes par Stéphane Leblanc - Capharnaüm, c’est un peu Oliver Twist ou Les Misérables de nos jours au Proche-Orient : une fable hyperréaliste, dense et émouvante, sur l’errance d’un gamin livré à lui-même dans les rues de Beyrouth.

BIBA par Lili Yubari - Impossible de rester de marbre devant ce mélo effervescent .

CNews par La rédaction - une œuvre forte et dérangeante.

Culturebox - France Télévisions par Jacky Bornet - Beau sujet, dans lequel s’engouffrent la condition féminine, la misère, les mœurs d’une société libanaise déphasée et un message humaniste dans les paroles et le regard d’un enfant devenu adulte avant l’âge. Puissant.

Femme Actuelle par Amélie Cordonnier - Un film poignant.

Le Journal du Dimanche par Stéphanie Belpêche - une histoire d’une puissance émotionnelle rare, même si parfois un peu démonstrative.

Le Parisien par La Rédaction - Choquée par cette plongée en apnée dans l’insupportable vérité, une grosse partie de la critique a cherché la petite bête à la réalisatrice en lui reprochant quelques coquetteries esthétiques qu’elle a gommées dans une version resserrée de 10 minutes.

Marie Claire par Emily Barnett - "Capharnaüm", prix du Jury à Cannes, aurait pu être lacrymal mais Nadine Labaki a donné du souffle à son film. Celui de la saine révolte. Il nous a galvanisées.

Ouest France par Gilles Kerdreux - Un film légèrement trop long mais terriblement émouvant.

Télérama par Guillemette Odicino - Aujourd’hui, grâce au film, le gamin et sa famille s’apprêtent à s’installer en Norvège, et il va pouvoir aller à l’école. Cet enfant au jeu si puissant a gagné son procès contre l’injustice du monde.

Ecran Large par Alexandre Janowiak - "Capharnaüm" jouit d'une véritable énergie grâce à sa mise en scène brute et son jeune comédien déterminé.

Le Monde par Thomas Sotinel - Nadine Labaki met en scène, avec une grande force romanesque, un drame familial de la pauvreté.

L'avis du projectionniste

C'est un film fort émotionnellement. Jamais dans le jugement, d'une grande justesse! Les personnages ne sont pas interprétés par des comédiens et cela inscrit le film dans une réalité universelle. Nous suivons le jeune Zaïn dans les rues de Beyrouth, dans l'enfer urbain, dans la cour des miracles où toute la misère du monde se côtoie... Allez voir ce film, il est salutaire et même parfois drôle, nous ne pouvons pas rester insensible face à tant d'inégalités.