Caravage – de Michele Placido

Dimanche 05 Février à 17h (VO/st)

1h 58min / Biopic, Historique De Michele Placido

Avec Riccardo Scamarcio, Louis Garrel, Isabelle Huppert

SYNOPSIS
Italie 1609. Accusé de meurtre, Le Caravage a fui Rome et s’est réfugié à Naples. Soutenu par la puissante famille Colonna, Le Caravage tente d’obtenir la grâce de l’Église pour revenir à Rome. Le Pape décide alors de faire mener par un inquisiteur, l’Ombre, une enquête sur le peintre dont l’art est jugé subversif et contraire à la morale de l’Église.

Anecdotes

Un projet ancien
La première idée du film remonte à 1968, lorsque, récemment arrivé à Rome, Michele Placido passait ses après-midi Piazza Campo de’ Fiori avec ses collègues du Conservatoire : "Le souvenir de Giordano Bruno, un moine dominicain et philosophe exécuté sur cette place, ont suscité des discussions sur ce dernier et son époque, et ont fait rêver à des projets futurs ayant pour cadre cette période historique et cette ville-monde dans laquelle coexistaient la papauté, la noblesse et les misérables, où Caravage cherchait sa place."
"Le film que j’avais en tête rendrait toute l’authenticité du peintre avec ses vices et ses vertus, son humanité profonde et viscérale, et en même temps toute la vérité de son époque. Il raconterait la révolution d’un artiste terriblement gênant qui, dans une Rome pleine d’espions pro-français ou pro-espagnols, trouvait dans la rue ses compagnons de route - voleurs, prostituées, vagabonds - pour en faire, longtemps avant Pasolini, des modèles pour ses tableaux, transfigurés en saints et madones, en icônes immortelles."
"Aujourd’hui je mets ainsi en lumière la noirceur impénétrable d’un génie capable d’illuminer le monde par son art et d’un individu en conflit avec lui-même. Un récit en phase avec l’urgence de vérité du peintre, qui, lors d’un procès, a déclaré publiquement : « Je cherche le réel. »", se rappelle le réalisateur.

Retrouvailles
Avec Caravage, Michele Placido retrouve Riccardo Scamarcio, qu'il a fait tourner dans Romanzo criminale et Le Rêve italien. Par ailleurs, Isabelle Huppert et Louis Garrel avaient joué dans Ma mère en 2004.

Reconstitution
L’un des principaux défis a été de reconstituer l’époque conformément à la vision de Michele Placido. Il s’agissait de subvertir l’imagerie courante des films se déroulant à la fin du XVIe siècle afin de réaliser un film authentique, sale, loin de la tentation d’une reconstitution léchée. Le metteur en scène précise :"La fascination pour l’histoire de Caravage découle autant de sa relation trouble avec les êtres humains que de son errance quasi incessante d’un lieu à l’autre. Les lieux ont donc été traités comme des personnages à part entière et non comme une simple toile de fond du récit."
"Le spectateur est ainsi promené de somptueux et gigantesques palais appartenant à la noblesse ou à l’Église en tavernes populaires et chemins de campagne, via les édifices devenus des monuments publics au fil des siècles, pour une immersion quasi sensorielle dans l’époque et l’atmosphère du récit."

Conception des décors
Des recherches scénographiques ont permis d’identifier un certain nombre de villas dans les Castelli Romani où le tournage a pu avoir lieu, de la Villa Chigi, qui figure une partie de la résidence des Colonna, à la Villa Aldobrandini, lieu de la fête spectaculaire du cardinal del Monte.
Les rues du centre de Rome ont également été reconstituées à Cinecittà, ainsi que la boutique du Chevalier d’Arpino où Caravage a fait ses premiers pas à Rome, et la maison de Lena. Même l’atelier de Caravage, le décor le plus important du film, a été créé à Cinecittà.

L’idée du directeur artistique Tonino Zera a été d’inventer un atelier d’artiste qui évoque le sous-sol du Palazzo Madama du Cardinal del Monte, où Caravage avait également vécu : un environnement imposant dans son architecture mais souillé par l’ameublement, la présence d’un cheval, la paille sur le sol...

Naples
L’autre lieu de prédilection des pérégrinations de Caravage est Naples, élément fondamental de l’histoire et source fascinante d’inspiration artistique et visuelle pour le metteur en scène, le décorateur et tous les chefs de poste. Les églises de la Renaissance napolitaine et du début de la période baroque ont été fondamentales pour le tournage, où ont été reconstitués la chapelle Contarelli et la chapelle Cerasi, ainsi que Sant’Agostino. Santa Maria delle Anime del Purgatorio a été transformé en hôpital, tandis qu’à Santa Maria La Nova ont été recréés le cloître et l’église Vallicella, l’hospice des pauvres.

Reconstitution des peintures
Généralement, au cinéma, les peintures sont l’objet de tirages photographiques, mais ici les œuvres ont été préparées sur des toiles dont les fonds ont été patinés au moment de l’impression, afin de rendre les textures beaucoup plus fidèles que les simples reproductions, inévitablement plates.

C’est avec cette technique qu’ont été réalisés La Conversion de Saint Paul dans la chapelle Cerasi, La Crucifixion de Saint Pierre et Le Martyre de Saint Matthieu dans la chapelle Contarelli de Saint-Louis-des-Français, un tableau de 3,20 m sur 3 m, ou La Décapitation de Saint Jean, à Malte, de 5 m sur 3 m.

Côté costumes
Pour le costumier Carlo Poggioli, le travail sur les personnages est parti de l’étude de références historiques, utilisées comme base pour un création en collaboration avec la coiffeuse Desirée Corridoni et le maquilleur Luigi Rocchetti. Pour l’image du peintre, il a été décidé d’abandonner l’iconographie classique représentant son visage avec moustache et mouche et de garder la barbe à la place.
Les cheveux sont toujours sales et ébouriffés, avec une coupe un peu anarchique, pour représenter l’artiste singulier et l’homme qui vivait parmi le peuple, un peu sale et en sueur, souvent fatigué, subversif même en apparence. Les costumes ont été inspirés par les vêtements que le Caravage semblait aimer, certains velours et certaines couleurs récurrentes, toujours usés jusqu’à la corde, comme le peintre les portait.
Poggioli a aussi souligné le lien entre les costumes et les changements dans l’existence du peintre, et donc des vêtements très simples et pauvres dans la phase de sa vie où il vivait dans la rue, et au contraire une garde-robe un peu plus variée et colorée - des vêtements plus élégants, presque aristocratiques mais usés, cadeau possible du cardinal del Monte - lorsque sa renommée artistique a commencé à croître.

Quelques critiques presse

Dernières Nouvelles d'Alsace par Nathalie Chifflet - L’une des forces du film tient à la double reconstitution de scènes bibliques et de vie, dans des couleurs extrêmement fidèles aux toiles du Caravage .

L'Obs par François Forestier - Sa fin tragique éclaire son mythe : le film, est porté par cette histoire de feu, et la puissance de Caravage emporte tout.

Le Dauphiné Libéré par Nathalie Chifflet - Michele Placido rend compte de son génie, de sa folie et de sa décadence, et donne au peintre des airs de « rock star » christique, éprise de vérité et de fureur créatrice.

Le Figaro par Eric Biétry-Rivierre - Placido livre là un biopic intelligent et respectueux. Car plutôt que de verser dans le banal film de cape et d’épée , il s’est surtout employé à rendre le côté mystique et écorché vif du personnage, peintre star de son époque avec les caprices et les audaces que cela comporte.

Le Parisien par La rédaction - Michele Placido, réalisateur de « Romanzo Criminale », fait entrer dans la vie et la tête du Caravage, manieur de pinceau et d’épée, aussi bien les profanes que les spécialistes.

Télé Loisirs par Éléonore Santoro - Riccardo Scamarcio, qui semble avoir le personnage dans la peau, porte les traits de ce peintre légendaire et subversif, avec une insolence déstabilisante.

Le Journal du Dimanche par Stéphanie Belpêche - Un récit à vertu pédagogique qui analyse le processus créatif de façon démonstrative et captive par sa chasse à l’homme.

Le Monde par Véronique Cauhapé - L’histoire qui nous est contée du Caravage participe, dans le film, à l’élaboration progressive d’une large fresque qui épouse les contours, le grain, les couleurs et les clairs-obscurs de l’œuvre du peintre. Mais qui, aussi, restitue la misère, la saleté, la violence et la beauté qui, parfois, surgissent au milieu du chaos.

Paris Match par Fabrice Leclerc - Michele Placido mêle habilement le portrait d'un génie au travail à la peinture d'une Italie rétrograde du XVIème siècle pour un film au récit ombrageux et au casting solide.

L'avis du projectionniste

La vie de Caravage racontée comme un thriller avec une mise en scène spectaculaire. Un film  impressionnant par le scénario et l'interprétation des acteurs malgré la violence de l'époque.