Celle que vous croyez – de Safy Nebbou

Dimanche 31 Mars à 17h00

Date de sortie 27 février 2019 (1h 41min)

De Safy Nebbou

Avec Juliette Binoche, François Civil, Nicole Garcia

Genre Drame

Nationalité français

Synopsis

Pour épier son amant Ludo, Claire Millaud, 50 ans, crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex, l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

Anecdotes

Du livre au film

Celle que vous croyez est l’adaptation du roman éponyme de Camille Laurens. Le réalisateur Safy Nebbou a découvert le pitch du roman dans la lettre d’information éditée par Gallimard. "J’ai alors très vite émis le souhait de le lire, avant même qu’il ne soit publié. Et je l’ai dévoré d’une traite. Un véritable coup de coeur ! En le lisant, j’ai tout de suite pensé à Rashomon d’Akira Kurosawa, où chacun, tour à tour, raconte sa version. J’ai également pensé à Vertigo d’Alfred Hitchcock, où James Stewart est amoureux de l’image d’une femme fantôme. Mais encore à Marivaux et ses Fausses confidences, à Choderlos de Laclos et ses Liaisons dangereuses, à Borges, à Pirandello… Michel Saint Jean, mon producteur, était aussi enthousiaste que moi. Nous avons donc décidé de développer l’écriture d’un scénario. Celle que vous croyez est notre troisième film ensemble, après L’Empreinte de l’ange et Comme un homme."

Associés d'écriture

Safy Nebbou s'est associé à Julie Peyr pour écrire le scénario de Celle que vous croyez. "Ce sont ses qualités de scénariste qui ont guidé mon choix. Particulièrement son travail avec Arnaud Desplechin. (Jimmy P., Trois souvenirs de ma jeunesse et Les Fantômes d’Ismaël). Ce qui est amusant, c’est que Julie Peyr habite Los Angeles : nous avons donc travaillé à distance pendant plus d’un an au moyen de Skype et de WhatsApp. Nous étions déjà dans l’univers du film, d’une certaine façon !"

Des liaisons dangereuses

Celle que vous croyez donne à voir une réflexion assez passionnante sur les ressources humaines – et romanesques – des réseaux sociaux. Selon Safy Nebbou, c'est là que se situent les liaisons dangereuses : "L'expression de « liaisons dangereuses » est bien choisie puisque Claire (Juliette Binoche) est professeur de littérature comparée à l’université. Comment ne pas penser au texte de Laclos lorsque l’on décortique les jeux de pouvoir et de manipulation qui sont de mise aujourd’hui sur les réseaux sociaux ? Sous couvert du virtuel, il est aisé de s’inventer une nouvelle identité et une nouvelle vie : celle que l’on aimerait vivre… Les réseaux sociaux offrent d’infinies possibilités pour favoriser, entretenir et attiser de multiples formes de « liaisons dangereuses ». Il est probable que ces nouvelles technologies feront aussi émerger de nouvelles pathologies."

La réalité rejoint la fiction

Le sujet tient particulièrement à coeur au cinéaste Safy Nebbou car il a lui-même été piégé par une femme via les réseaux sociaux. "Une femme de l’âge de Claire, qui s’est fait passer pour plus jeune, comme elle. Cette histoire, vous voyez je parle « d’histoire », m’est arrivé alors que j’étais en train d’écrire l’adaptation de Celle que vous croyez. Invraisemblable, non ? J’ai communiqué avec cette « fausse identité » pendant 3 mois avant de découvrir le pot aux roses. Comme Claire, elle avait utilisé la photo d’une autre. Je dois dire que je me suis beaucoup inspiré de cela pour écrire le scénario, en réutilisant même certains de mes propres échanges."

Miroirs et reflets

La narration mise en place par Safy Nebbou est très visuelle. Elle multiplie les plans sur des portes-fenêtres, des miroirs ou des écrans. Le film a une dimension de « genre » totalement assumée, loin d’une écriture naturaliste. "Il faut accepter ce parti pris pour entrer dans cette histoire. On est dans le symbole, le ludique et la métaphore, tout le temps. L’écran d’ordinateur, par exemple, permet à la fois de nous mettre face à nous-mêmes (il reflète notre propre image) et de masquer le réel (en nous plongeant dans le virtuel). Le film joue de cet effet miroir. Par ailleurs, un va et vient constant s’opère dans le récit entre le monde réel de Claire et la dimension virtuelle de son avatar. Nous avons travaillé dans ce sens avec Gilles Porte, le chef opérateur, et Cyril Gomez-Mathieu, le directeur artistique, en cherchant des similitudes et des correspondances, aussi bien au niveau des images, que de la lumière ou des rythmes. C’est ainsi que des icônes ou des écrans se répondent en permanence."

Juliette Binoche en quête d'amour

Safy Nebbou a pensé à Juliette Binoche dès l’écriture du scénario. "Lorsque je lui ai envoyé le script, elle l’a lu en 3 heures et m’a tout de suite répondu « oui ». Nous nous sommes accordés sur le scénario de manière simple et constructive. Juliette a une vision de la narration à la fois globale et très aiguisée, elle était sans cesse dans la proposition. Je peux vraiment parler d’évidence entre nous, et de confiance. J’ai senti qu’il y avait quelque chose, au-delà de l’histoire et du rôle, qui lui parlait en tant que femme. Sur le plateau, c’est un Stradivarius, et tout ça avec une honnêteté et un courage rares ! Elle n’a rien perdu de la petite fille qui s’amusait à faire l’actrice. Elle est généreuse et n’a jamais peur de se mettre en danger ni de se mettre à nue. Elle se regarde en face dans son âge, c’est pourquoi elle rayonne et c’est aussi pour cela que j’ai eu un plaisir extraordinaire à la filmer."

La révélation François Civil

François Civil, dans le rôle du jeune amant berné et Nicole Garcia, dans celui de la psy, s’imposent également avec une belle intensité. "François est un jeune acteur naissant, extrêmement talentueux. Je le connaissais mal dans un registre plus dramatique. Il a accepté de faire des essais, et lui aussi m’est apparu comme une évidence. Il est entré dans le rôle avec beaucoup d’humilité et de sensibilité. Pendant toute la première partie du film, il doit faire passer des émotions à travers des échanges téléphoniques, ce qui n’est pas simple du tout ! Pour mettre le plus possible Juliette et François en situation, nous avons d’ailleurs tourné ces séquences dans la continuité, et en direct sur le plateau, sans jamais qu’ils ne se rencontrent. Et cela a très bien fonctionné. Quant à Nicole Garcia, c’était un rêve pour moi, car elle est à la fois une actrice, beaucoup trop rare, et une cinéaste de talent. De fait, elle impose sa fonction de psy par sa seule présence dans le film. Mais au delà de ça, elle apporte beaucoup de fragilité et de subtilité à ce personnage qui vit un transfert, puisque cette psy dysfonctionne et entre en empathie avec sa patiente. J’aime l’idée d’une solidarité féminine", explique Safy Nebbou.

Juliette Binoche et Instagram

Un des thèmes du film est celui des réseaux sociaux et de leurs liaisons dangereuses. Juliette Binoche donne son point de vue sur la question : "Personnellement j’ai un compte Instagram, c’est un moyen ludique et direct de partager mes préoccupations, mes tournages, des photos, des poèmes avec des personnes du monde entier. Le lien cosmopolite me rassure. La communication a complètement changé avec tous ces réseaux sociaux, on a beaucoup plus de doutes sur tout ce qu’on essaye de nous faire croire dans les médias classiques. L’information pullule dans tous les coins de la terre, on a l’impression que tout va très vite. Se recentrer sur sa propre énergie demande de la sagesse et de la vigilance, car nous sommes pollués et surveillés de partout."

Binoche et ses coachs

Au début, Safy Nebbou se méfiait un peu de la méthode Juliette Binoche, déconcerté par l'actrice travaille avec des coachs avant le tournage. "Je crois qu’il avait le sentiment que j’allais lui échapper ! Je suis étonnée de voir qu’en France, le travail des acteurs fait peur aux producteurs et aux réalisateurs, c’est intéressant à observer. Alors que cela devrait être plutôt rassurant qu’un acteur travaille en amont, comme un réalisateur travaille avec son chef opérateur et son décorateur. Un acteur qui travaille est plus libre et disponible ensuite ; surtout et c’est là que c’est intéressant, il a une connaissance intérieure du projet, il participe pleinement à la création, il nourrit le projet, le réalisateur et peut inspirer l’équipe."

Quelques critiques presse

aVoir-aLire.com par Claudine Levanneur - A travers ce portrait de femme complexe auquel Juliette Binoche se donne toute entière, Safy Nebbou livre un numéro cinématographique de haute voltige.

Femme Actuelle par Sabrina Nadjar - Ce conte moderne illustre les tentations et les addictions qui se jouent derrière l'écran. Une distribution judicieuse le sert avec subtilité.

La Croix par Corinne Renou-Nativel - Le réalisateur de L’autre Dumas propose une séduisante adaptation du roman de Camille Laurens dans laquelle une quinquagénaire se fait passer sur le Web pour une jeune femme.

Le Dauphiné Libéré par Jean Serroy - À cette réserve presque tout reste jusqu’au bout haletant et que tout passe par le rire lumineux et les larmes plus vraies que nature de Juliette Binoche, laquelle est capable d’offrir avec le même naturel l’éclat de la jeunesse et les rides sans fard d’un personnage à double face qu’elle moule à la présence physique qu’elle lui donne.

Le Journal du Dimanche par Stéphanie Belpêche - Coup de cœur pour ce drame qui aborde avec beaucoup de justesse et de finesse des sujets comme le vieillissement, la peur de l’abandon, la passion amoureuse, l’emprise, l’obsession et le désir de ne pas se conformer aux règles.

Le Nouvel Observateur par Jérôme Garcin - Si opiniâtre et fragile à la fois, sans maquillage ni bijoux, Juliette Binoche, qui a l'âge et la rage de son personnage, y trouve l'un de ses meilleurs rôles : elle danse vraiment au bord du vide.

Le Parisien par Pierre Vavasseur - Safy Nebbou traduit toute la force du roman éponyme de Camille Laurens, notamment à travers la relation entre Juliette Binoche, poignante, et Nicole Garcia, impériale en psychanalyste parfois ébranlée.

L'Express par Christophe Carrière - Assez intelligent pour contourner l'écueil de la pirouette facile afin de livrer, in fine, un joli portrait de femme.

Sud Ouest par Sophie Avon - Face à Juliette Binoche, formidable en femme à la fois meurtrie et courageuse, Nicole Garcia incarne une psychanalyse dont l’impavide douceur est sur le fil. Quant à François Civil, jeune homme piégé par une passion qu’il n’attendait pas, il a le visage de l’amour que l’absence rend fou.

Télé Loisirs par Claire Picard - Un fascinant miroir de notre société ultraconnectée.

Télérama par Guillemette Odicino - Un thriller savamment construit, surprenant de bout en bout.

Bande à part par Anne-Claire Cieutat - La jubilation de Safy Nebbou à promener le spectateur dans ce récit à tiroirs est palpable. Devant sa caméra, Juliette Binoche en femme désirante rayonne.

Les Fiches du Cinéma par Chloé Rolland - Avoir 50 ans au pays des millenials, c'est avoir la possibilité de refuser d'être cantonné à l'attente de la retraite et des petits-enfants à gâter. Mais Safy Nebbou, adaptant Camille Laurens, en révèle les mirages, sous la forme d'un thriller haletant .

Les Inrockuptibles par Emily Barnett - "Celle que vous croyez" se joue au moins autant au cœur de cette fertile entente entre la thérapeute et sa patiente, que sur le terrain captivant d’un thriller amoureux aux accents paranoïaques.

Voici par Lola Sciamma - Juliette Binoche est impressionnante.

L'avis du projectionniste

Belle adaptation du roman de Camille Laurens. Juliette Binoche à l’apogée de son art, servie par scènario d’une grande subtilité et de finesse. A voir.