Contre ton coeur – de Teresa Villaverde

(VO/st) Dimanche 21 Juillet à 18h

Date de sortie 19 juin 2019 (2h 16min)

De Teresa Villaverde

Avec João Pedro Vaz, Beatriz Batarda, Alice Albergaria Borges

Genre Drame

Nationalités portugais, français

Synopsis

Au Portugal, le quotidien d’une famille est bouleversé : le père se retrouve au chômage et la mère doit alors cumuler deux emplois. Mais leur fille est bien décidée à ne pas se laisser abattre et à continuer à vivre sa vie d’adolescente. Une distance trouble s’installe entre eux : le début d’une lente implosion, chacun cherchant à s’adapter à sa façon à cette situation nouvelle.

Anecdotes

La logique de l'horreur

Dans Contre ton coeur, les personnages, et particulièrement les personnages adultes, ont l’air apathiques. Serait-ce la suite logique de l’horreur ? Serions-nous déjà au-delà de la fin du monde ? "Quand on a de l’espoir, on a encore la force de se battre, de protester. Quand l’espoir disparaît, la force de crier s’évanouit en même temps : à quoi ça servirait ? Ça ne changerait rien. Je ne crois pas que le film traite de la fin du monde. On en est encore très loin. Au regard du contexte international, nous restons de grands privilégiés. Par ailleurs, la plupart des maux qui nous accablent sont de notre fait. On s’est endormis. On a cru que la démocratie, c’était voter de temps en temps. On pensait que tout nous était acquis, or ce n’était pas le cas. Cela dit, en y réfléchissant bien, on n’avait pas grand-chose, en fait. Aujourd’hui, ceux qui travaillent sont considérés comme des bienheureux, pourtant combien exercent le métier de leur rêve ? Sans doute très peu", confie la réalisatrice Teresa Villaverde.

La place des ados

Les adolescents occupent une place centrale dans tous les films de Teresa Villaverde, Contre ton coeur compris. "Je place tous mes espoirs en eux. Ils n’ont aucune garantie, ils n’en ont jamais eues, mais ceux qui ne renonceront pas devront trouver de nouvelles façons de vivre. Ils devront tout repenser. Je crains qu’ils ne se penchent pas beaucoup sur le passé, ce qui pourrait d’ailleurs être dangereux, mais je suis sûre qu’ils trouveront le moyen de nous sortir de ce merdier. Je ne suis évidemment pas naïve au point de croire que tous les adolescents d’aujourd’hui sont comme ça. Mais je pense sincèrement que le changement viendra d’eux. Je suis très contente que la musique du générique de fin du film ait été composée par un adolescent de 17 ans. Dans le champ artistique, je crois que nous sommes au seuil d’une période très riche, très intelligente et très composite."

Point de départ

Le point de départ du film, c’est la perte du travail du père dans ce trio familial. "Comme l’égalité des sexes n’existe toujours pas au Portugal, ça m’intéressait de traiter d’une famille dans laquelle c’est le père qui perd son emploi", explique Teresa Villaverde. Quand le film commence, le drame a déjà eu lieu. On prend les personnages en route alors que la situation s’est déjà détériorée, avec beaucoup de non-dits. La mère est fatiguée, l’argent commence à manquer et les dettes s’accumulent. Le chômeur se sent coupable, inutile. "Et comme souvent dans ces cas-là, celui qui travaille rejette intérieurement sur l’autre la responsabilité de ce qui leur arrive, mais, dans le même temps, se sent coupable d’être traversé par de telles pensées. Cette situation dramatique empire de jour en jour, lestée de silences et de culpabilité. L’adolescente observe l’effondrement de sa famille, mais de loin, en observant des faits tangibles. Ce qui l’affecte le plus, en vérité, c’est que personne n’exprime ce qu’il ressent. Il fallait que je filme ces personnages de loin, et en silence, sans m’immiscer. Ma caméra ne s’approche pratiquement jamais d’eux. J’attends quand ils attendent", ajoute la réalisatrice.

Quelques critiques presse

Libération par Marcos Uzal - Entre l’harmonie parfaite d’une chanson adolescente et le pire de la réalité adulte, Villaverde s’immisce, en équilibre, promenant un regard à la fois lucide et délicat, par la seule force de sa mise en scène.

Cahiers du Cinéma par Jean-Sébastien Chauvin - Malgré son humeur engourdie, le film est habité par une force qui tient tout à la fois à la beauté de ses plans ancrés dans le sol et à son héroïne se tenant droite .

La Septième Obsession par Séverine Danflous - Un film qui s’empare d’une cabane de pêcheur isolée avec une caméra qui joue du sac et du ressac, épousant les aléas de la vie, la douleur et l’ennui.

Le Monde par Mathieu Macheret - Mettant au jour les douleurs muettes et enfouies, le cinéma de Teresa Villaverde peut sembler au premier abord d’une tristesse insondable. Mais il faut bien voir le mélange singulier de douceur et de douleur qui constitue en vérité l’essentiel de sa poésie.

Les Fiches du Cinéma par Isabelle Boudet - Alors que le Centre Pompidou lui consacre une rétrospective, la cinéaste portugaise revient avec le récit sobre mais triste d’une famille déchirée par les problèmes d’argent et le manque de communication. Édifiant.

Télérama par Frédéric Strauss - Une famille lisboète se disloque sous le poids de la pauvreté. La mise en scène, sans concession, est au diapason de leur souffrance.

Le Nouvel Observateur par Xavier Leherpeur - Au faux cinéma-vérité de la caméra à l’épaule, Teresa Villaverde préfère une mise en scène réfléchie et esthétique (magnifiques clairs-obscurs dans l’appartement privé d’électricité) pour filmer la défection du père chômeur, le renoncement de la mère et la résilience de leur fille, Marta, superbement interprétée par Alice Albergaria Borges.

Les Inrockuptibles par Alexandre Büyükodabas - On pourra reprocher à "Contre ton cœur" son formalisme glacé ou sa tendance à laisser couler ses figures sans les réchauffer d’un regard empathique. Discret plus que distant, le film distille néanmoins quelques touches de poésie et de drôlerie à même d’en diluer la tristesse.

L'avis du projectionniste

Comment continuer à s’aimer quand ce n’est que de la misère qui se colle et s’imprègne autour de nous ? Comment tomber encore plus bas que nous ne le sommes ? Regardez Contre ton coeur, c’est déchirant et malheureusement très réaliste.