Festival « Play it again » – 5 films à voir ou revoir

Créé en 2008 par l’Association des Distributeurs de Films de Patrimoine (ADFP), le Festival PLAY IT AGAIN ! est le seul rendez-vous national et annuel consacré aux films du patrimoine.

Véritable fête du cinéma classique du mois d’avril durant laquelle près de 200 cinémas proposent à leur public une sélection des meilleures rééditions de l’année passée et des animations variées.

Le ciné-club de Nannay vous propose 5 films

Pendant les festivals vous pourrez dîner sur place d'un repas simple pour 5 euros (réservation conseillée)

Image

Le vieil homme et l'enfant

Date de sortie 11 mars 1967

De Claude Berri

Avec Michel Simon, Alain Cohen, Luce Fabiole

Genre Comédie dramatique

Nationalité français

Synopsis

Durant le second conflit mondial, un petit garçon juif est recueilli par deux personnes âgées.

Vendredi 05 Avril à 14h00 et Dimanche 07 Avril à 14h00

L'avis du projectionniste

Le Vieil homme et l’enfant est un film simple sur une amitié improbable entre un petit juif planqué à la campagne pendant le Seconde Guerre Mondiale et un vieux monsieur un poil antisémite mais fervent défenseur des lapins.

L’histoire s’ouvre sur la vie de ce gamin qui ne peut s’empêcher de faire des conneries, ce qui exaspère au plus haut point son père, le merveilleux Charles Denner.

Par la suite, le film peut faire penser au Grand Chemin de Jean-Loup Hubert qui sent bon les vacances à la campagne à courir dans le foin et chiper des pommes dans le verger du voisin.

L’osmose entre Michel Simon et le petit Alain Cohen permet au film de garder un rythme de croisière fort sympathique, saupoudré de bons mots et d’une jolie morale.

Un film que je conseille car Berri parvient à saisir ces petits instants de l’Enfance avec talent et sincérité.

C'est un film autobiographique de son enfance angoissante de gosse juif à Paris qu'a réalisé là Claude Berri. De nombreux réalisateurs se sont attaqués à ce sujet brûlant mais rarement ce thème n'a été traité avec autant de finesse, d'intelligence et de sensibilité. A travers cette histoire Claude Berri regarde la France de l'époque dans le blanc des yeux. Il dénonce la crédulité d'une bonne partie de la population déchaînée contre ceux que leurs gouvernants à la botte des nazis considéraient comme des êtres "différents" pour ne pas employer d'autres termes infâmes.

Ce film est un bijou qui fait mal, très mal car il nous interpelle sur une plaie qui n'est toujours pas guérie. Certains se permettent encore de juger leurs prochains sur leurs origines, leurs coutumes, leurs mœurs ou leurs idéologies politiques en considérant que les bons sont d'un côté et les mauvais de l'autre.

Un film à voir ou à revoir sur le grand écran, mais à ne ma,quer sous aucun prétexte.

Image

Rue des cascades

Date de sortie 2 décembre 1964 (1h 27min)

De Maurice Delbez

Avec Madeleine Robinson, Serge Nubret, René Lefèvre

Genres Comédie, Drame

Nationalité français

Synopsis

Belleville, 1963. Alain, petit garçon d’une dizaine d’années, vit seul avec sa mère, qui tient une épicerie café de la rue des Cascades. L’arrivée de Vincent, l’amant noir de sa mère,vient bouleverser son existence. Autant par racisme ordinaire que par jalousie, l’enfant commence par rejeter le nouveau venu. Par sa grande gentillesse, son humour et son imagination, Vincent désarme les aprioris du petit garçon qui devient son meilleur allié. Mais ses copains de jeu n’ont pas forcément le même avis…

Vendredi 05 Avril à 16h00 et Dimanche 07 Avril à 16h00

Sorti en 1964, Rue des Cascades (également connu sous le titre Un gosse de la butte) est le dernier film de cinéma de la courte carrière débutée en 1957 du réalisateur Maurice Delbez. Objet hybride, à la croisée d’une tradition académique et littéraire du cinéma français d’après-guerre et la révolution esthétique amenée par l’arrivée de la Nouvelle Vague quelques années plus tôt, ce long-métrage brasse bon nombre de thèmes qui en font indéniablement un témoin de son temps : le racisme, la place de la femme, le poids du mariage et des traditions sur fond de portrait du Paris populaire du 20ème arrondissement, alors au tout début de sa mutation. Cet ensemble de sujets, Maurice Delbez les aborde par le prisme du regard du jeune Alain, un enfant du quartier dont la mère, propriétaire d’une épicerie où défile tout le voisinage, vit une relation avec Vincent, un Antillais de vingt ans son cadet.

On ne peut que louer l’audace de Maurice Delbez, abordant de front la question raciale et offrant à un acteur noir un rôle consistant qui prend le contre-pied de la caricature redoutée. En 1964, la démarche était d’autant plus avant-gardiste que cinquante-quatre ans plus tard, la question de la visibilité des minorités dans le cinéma français donne toujours lieu à de vifs débats sur le supposé racisme de toute une industrie .

S’il ne fallait retenir qu’une scène pour symboliser la petite magie de ce film, ce serait celle où Vincent, souhaitant divertir les enfants, met en scène un safari urbain où les grues ont remplacé les girafes, les pelleteuses les éléphants. Grâce à un savant jeu de champ/contrechamp, on sait que (presque) tous les enfants ont succombé à la croyance de cette histoire : une belle manière de célébrer la naïveté de leur regard pour combattre les a priori raciaux et faire de cette Rue des Cascades une jolie allégorie politique sur le vivre ensemble, qui n’a malheureusement rien perdu de son utilité dans la France de 2018.

"Un trésor !" LE PARISIEN

"Un enchantement !" A VOIR A LIRE

"Audacieux !" L'AVANT-SCENE CINEMA

« Le réalisateur ne se contente pas de peindre ce perchoir populaire à titis. Il aborde des sujets loin d'être évacués aujourd'hui, comme le racisme et la liberté d'aimer . Un vibrant plaidoyer en faveur du désir féminin » TELERAMA

« Une vraie belle surprise d’histoire du cinéma autant qu’un joli film d’une modernité absolue » HISTORIA

« Un film rare, humaniste à redécouvrir d'urgence » PARIS MOMES

« Le film joue habilement de ce regard d’enfant et s’en sert pour démonter tous les clichés xénophobes » LA SEPTIEME OBSESSION

« Un cas d’histoire, une résurrection miraculeuse, et un authentique monument de notre patrimoine qui dépasse la simple fiction. » AVOIR-ALIRE

Rue des Cascades offre une fraîcheur intacte qui va bien au-delà du voyage dans le temps (retrouvé) doublé d’une forme de nostalgie pour les contemporains de l’action du film. On y trouve en effet la patte d’un cinéaste trop vite fauché par la censure qui a su capter les problématiques de son époque pour les recracher en un film qui définit passionnément ce que peut être aussi le cinéma.

Image

Olivia

Date de sortie 27 Avril 1951 (1h 35min)

De Jacqueline Audry

Avec Edwige Feuillère, Yvonne de Bray, Simone Simon

Genre Comédie dramatique

Nationalité français

Synopsis

1890. Mademoiselle Julie, professeur dans un pensionnat de jeunes filles, est une personnalité fascinante. A tel point qu'elle en vient à jeter le trouble chez l'une de ses élèves, Olivia, dont le cœur ne tarde pas à être en émoi. L'attitude pour le moins ambiguë du professeur pousse une jeune femme, Cara, très attachée à mademoiselle Julie, à commettre l'irréparable.

Vendredi 05 Avril à 21h00 et Samedi 06 Avril à 18h00

Classique dans la forme, mis en scène avec des mouvements de caméra très calibrés, dans des décors de Jean d'Eaubonne sans aspérités, propose des moments magiques où Simone Simon, travestie en homme, danse avec Olivia, ou des instants troubles où Edwige Feuillère s'approche des lèvres de la jeune femme. Le film, littéralement, a disparu de l'histoire du cinéma, enterré par la Nouvelle Vague dont la naissance est, alors, proche. Il est juste de le rééditer, de lui redonner sa place. Dans la France de l'après-guerre, il fallait un sacré culot pour le faire. / François Forestier (l'Obs)

Olivia est un film rare à tous les sens, beau, précieux, secret. Interdit aux moins de 16 ans à sa sortie. / Libération

Olivia a le courage d’évoquer l’homosexualité alors que le cinéma français des années 1950 est particulièrement timoré sur le sujet. Quatre ans après le beau personnage lesbien de Dora dans Quai des Orfèvres d’Henri-Georges Clouzot et treize ans avant le décrié Les Amitiés particulières de Jean Delannoy, le film de Jacqueline Audry propose sa propre variation sur le thème de l’homosexualité chaste, en pleine zone grise entre l’amitié passionnelle et l’amour tu. (Re)découvrir Olivia soixante-sept ans après sa première exploitation en salles tient surtout de la curiosité que procure un tel voyage dans le temps.  / Critikat

Le cinéma est aussi une affaire de femmes : Jacqueline Audry n’a cessé de l’affirmer tout au long de sa carrière. Son cinquième film Olivia est à redécouvrir en salles en version restaurée. Un film méconnu d’une réalisatrice oubliée qui a pourtant beaucoup œuvré pour l’affirmation du désir féminin. / Revus et corrigés

Jacqueline Audry qui fut l’une des pionnières du cinéma français au féminin. Cinéaste féministe dans l’âme, la réalisatrice (Jacqueline Audry qui fut l’une des pionnières du cinéma français au féminin) joint dans Olivia le geste à la parole. Prenant l’homosexualité féminine pour thème principal, Audry fait la démonstration d’un cinéma féminin et féministe.

Image

La Strada

Date de sortie 11 mars 1955

De Federico Fellini

Avec Anthony Quinn, Giulietta Masina, Richard Basehart

Genre Drame

Nationalité italien

Synopsis

Gelsomina a été vendue par sa mère a Zampano, qui la brutalise et ne cesse de la tromper. Ils partent ensemble sur les routes, vivant misérablement du numéro de saltimbanque de Zampano. Surgit Il Matto (le fou), violoniste et poète, qui seul sait parler à Gelsomina.

(VO /st) Samedi 06 Avril à 16h00 et Dimanche 7 avril à 21h

Cahiers du Cinéma par André Martin - Avec une terrible impassibilité, Fellini nous laisse au seuil des élans inattendus de ses personnages. Seul Harpo Marx sait battre de l'aile comme Gelsomina. ( Cahiers du cinéma 45, mars 1955)

Le Monde par Jean De Baroncelli - C'est un film qui console de bien des déceptions. C'est un film qui nous raffermit dans notre conviction que le cinéma est un moyen d'expression unique.( Le Monde, 15 mars 55 )

Le Nouvel Observateur par La rédaction - Le troisième long-métrage de Fellini émeut par la maîtrise de sa mise en scène et la qualité de son interprétation. (Le Nouvel Observateur, 15 décembre 80)

Positif par Robert Benayoun - Fellini a joué un trio étincelant sur le clavier de ses interprètes. Anthony Quinn en Zampano est tellurique à souhait. (Positif 13, mars 55 )

Télérama par C.-M.T. - Cette fable nous touche tous. Chacun, quelle que soit sa langue ou sa religion, peut y retrouver un petit morceau de lui-même. (Télérama, 10 décembre 80 )

L'aurore par Claude Garson - « Le metteur en scène, Federico Fellini, nous offre avec La strada un véritable chef d’œuvre d’art cinématographique par la beauté des vues qu’il nous donne. […] La strada est un film qui nous déroute, admirablement filmé, admirablement tourné dans le paysage d’Italie. Mais il lui manque une action cinématographique, qui commence au moment où va éclater une crise, et se termine quand le scénariste a résolu cette crise. » (L’Aurore, 12 mars 1955.)

Le Canard enchaîné - « C’est un des quatre ou cinq chefs-d’œuvre que le cinéma nous ait donnés depuis sa naissance. Un film qui nous force à remettre en question tout ce que nous avons vu au cinéma depuis des années. Une fable humaine et lyrique d’où l’on sort enivré, après quoi le jour même n’a plus la même couleur. » (Le Canard enchaîné, 23 mars 1955.)

Combat par Rodolphe-Maurice Arlaud - « La strada se place dans l’étoile des quelques films italiens issus du néoréalisme mais le dépassant pour redevenir création, transposition, composition, enfin tout ce qui sépare un art d’un reportage. Pas besoin d’être sourcier pour trouver là-dedans des messages secrets, des signes conventionnels adressés à quelques initiés... simplement une histoire toute simple, des êtres stylisés au moment de leurs paroxysmes, la glace déformante d’un poète.... il suffit de se laisser mener, de subir, d’aimer. C’est un film mélodie, un film nostalgie. » ( Combat, 11 mars 1955.)

Le Figaro par Jean-Jacques Gautier, - « Tout ce qui a trait à l’existence ambulante, tout ce qui est prétexte à belles images, à vastes gravures solidement burinées, tout ce qui requiert une certaine profondeur de champ, une lumière vibrante, tout ce qui s’accorde au rythme de la musique nostalgique et colorée écrite pour ce film par Nino Rota, oui, tout cela est excellent ; autrement dit la toile de fond est d’une perfection singulière. » (Le Figaro, 8 septembre 1954.)

L'avis du projectionniste

Une histoire simple et émouvante , des personnages touchants , des acteurs au sommet , un immense réalisateur , tous les ingrédients sont la pour un grand film .

Image

Les grandes gueules

Date de sortie 22 octobre 1965 (2h 05min)

De Robert Enrico

Avec Lino Ventura, Bourvil, Marie Dubois

Genre Comédie dramatique

Nationalités français, italien

Synopsis

Hector Valentin revient dans ses Vosges natales hériter de la scierie familiale. Il embauche plusieurs repris de justice sans se soucier de Therraz, l'homme fort de la vallée.

Samedi 06 Avril à 21h00  (soirée autour de Robert Enrico)

Pour porter au mieux le roman de José Giovanni, Enrico sent bien qu'il lui faut des acteurs de tempérament, des "gueules" comme on dit, mais qui savent également jouer sur les émotions. Sa grande réussite est d'avoir confié le premier rôle à Bourvil. L'acteur, sortant tout juste du "Corniaud", montre ici qu'il peut tout jouer et incarne avec beaucoup de conviction un brave type, rustre et un peu paumé, mais qui croit dur comme fer qu'il va redresser la vieille scierie de son père. À ses côtés, on retrouve un Lino Ventura magnifique dans un rôle pourtant assez ambivalent. Il incarne un ancien repris de justice qui se fait engager dans la scierie pour accomplir une basse vengeance. Il faut tout le talent du grand Lino pour faire éclore toute l'humanité du personnage, jouant aussi bien de son imposante présence que de son attitude un peu fruste et empruntée pour exalter les moments de camaraderie et pour rendre touchant son flirte maladroit auprès de la trop rare Marie Dubois. Bourvil/ Ventura, un duo unique qui transpire la classe et qui donne tout son caractère à c't'histoire de bonhomme ! Il fallait bien leur talent conjugué pour passer outre les faiblesses du film (personnages archétypaux, scénario convenu) et nous embarquer avec plaisir dans une belle aventure humaine où l'on parle solidarité, vertus du labeur et droit à la seconde chance.

Mais "Les Grandes Gueules", c'est également une version modernisée et exaltante de l'éternel combat entre David et Goliath, ou entre le pot de terre et le pot de fer. En filigrane de son histoire virile, Enrico aborde, d'une manière très habile, un thème social qui est toujours d'actualité, à savoir la survie de l'artisanat dans le monde moderne. Le personnage incarné par Bourvil est le rescapé d'un monde qui tend à disparaître, celui où les petits artisans pouvaient encore jouir du fruit de leur labeur ! Son combat perdu d'avance avec Therraz, est ainsi une brillante retranscription de l'opposition monde rural/ monde industriel, mais également l'opposition entre les valeurs humaines, ou authentiques, avec d'autres plus individualistes et cupides. Une nouvelle fois, Enrico caricature un peu son propos, mais son histoire fonctionne malgré tout grâce à une mise en scène qui reprend à son compte l'univers typique du western ! Finalement, il fallait y penser, mais les Vosges, et son ambiance rude et isolée, peuvent s'apparenter d'une certaine manière au Far West américain. Enrico joue beaucoup sur la dimension sauvage de l'environnement et intègre avec brio des éléments empruntés au western : gros plan sur les visages patibulaires, chapeaux visés sur le crâne, lieux désertiques balayés par les vents, camaraderie hawskienne... sans oublier l'excellente musique de François de Roubaix qui renforce un peu plus cette dimension. Tout cela confère à ce film une saveur particulière, nous faisant passer en douceur l’âpreté exhibée jusqu'ici. Après le final, subsistent encore longtemps en mémoire les gueules de Bourvil ou de Ventura, et les élans, un peu naïfs mais tellement sincères, de fraternité masculine. Une bien belle image de l'amitié !

(Sens critique)