La bonne épouse – de Martin Provost

Samedi 18 Juillet à 18h et 21h

11 mars 2020 / 1h 49min / Comédie

De Martin Provost

Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky

Nationalités français, belge

Synopsis
Tenir son foyer et se plier au devoir conjugal sans moufter : c’est ce qu’enseigne avec ardeur Paulette Van Der Beck dans son école ménagère. Ses certitudes vacillent quand elle se retrouve veuve et ruinée. Est-ce le retour de son premier amour ou le vent de liberté de mai 68 ? Et si la bonne épouse devenait une femme libre ?

Anecdotes

Un film né d’une rencontre
La Bonne épouse est né d’une rencontre. Martin Provost avait loué un été une maison dans le Cotentin qui appartenait à une dame de 80 ans. Elle lui a raconté comment elle avait décidé, après la guerre, de ne pas faire d’études, contre l’avis de ses parents, parce qu’elle préférait aller à l’école ménagère pour rester avec ses copines. Le réalisateur se rappelle : "Je ne savais pas exactement ce qu’était une “école ménagère“, mais l’entendant me parler de son expérience, j’ai vu des images défiler. Avec ma co-scénariste Séverine Werba, nous avons tout de suite lancé des recherches. Oui, il y a bien eu une époque où l’on enseignait aux jeunes filles à devenir des épouses parfaites. Autour de nous, des témoignages directs attestaient de cette époque révolue et en même temps pas si lointaine. Aux archives de l’INA, nous avons même déniché des documentaires étonnants sur ces écoles. Je me souviens de ma stupeur quand une présentatrice de l’époque, sosie de Denise Fabre, racontait avec beaucoup de sérieux qu’une repasseuse digne de ce nom ne pouvait terminer ses deux années d’apprentissage que par la chemise de monsieur, qui consacrait en elle la bonne épouse."

Thématique fétiche
Après Le Ventre de Juliette (2003), Séraphine (2008), Où va la nuit (2011), Violette (2013) et Sage Femme (2017), Martin Provost revient avec un nouveau film qui traite d'émancipation féminine, mais cette fois-ci de manière plus légère. Le metteur en scène explique d'où lui vient son intérêt pour cette thématique : "Cela vient de mon histoire sans doute, puisque je me suis violemment opposé à mon père, pour qui la domination masculine était légitime. C’est aussi cette opposition qui m’a poussé à quitter ma famille très jeune, et à faire les films que je fais. La Bonne Epouse est certainement le film qui me ressemble le plus. C’est mon film le plus libre, mais aussi peut-être, et contrairement aux apparences, le plus engagé."

Pourquoi en 1967-1968 ?
Martin Provost a situé l'intrigue de La Bonne épouse en 1967-1968, parce qu’après 1970-71, toutes les écoles ménagères ont disparu. Il précise : "Et il y en avait énormément jusque-là. Des grandes, des petites, quelques écoles plus bourgeoises, mais surtout des écoles dites rurales, puisque la France était encore à 30% rurale. C’est une donnée très importante. Il y avait Paris, et la Province. Mai 68 va tout faire voler en éclat: c’est le point de départ d’une formidable prise de conscience, qui allait accélérer le mouvement d’émancipation des femmes."

Retrouvailles
Avec La Bonne épouse, Yolande Moreau collabore à nouveau avec le réalisateur Martin Provost après Séraphine et Où va la nuit.

Marqueurs de l’époque
Il y a, dans La Bonne épouse, tous les marqueurs de l’époque où le film se situe : Adamo, Joe Dassin, Menie Grégoire, Guy Lux ou encore Anne-Marie Peysson. "Le grand fossé entre Paris et la Province. Dans ma jeunesse, Paris incarnait le rêve absolu. La rapidité des transports et des moyens de communication a changé la donne. D’ailleurs on ne dit plus la Province mais les Régions. Avec Séverine nous avons très vite pensé à l’Alsace parce que c’est une région qui a beaucoup souffert de la Seconde Guerre mondiale. Une région éloignée, sauvage, comme l’était la Bretagne de mon enfance", raconte Martin Provost.

Trouver le quatuor
Brigitte Moidon, la directrice de casting, a fait passer des essais à toutes les jeunes comédiennes de Paris, ou presque, pour trouver les quatre élèves de l’école Van Der Beck. Il se rappelle : "Anamaria Vartolomei s’est tout de suite imposée. Elle était Albane. D’ailleurs elle est étonnante. Déjà précise et si juste. C’est troublant. J’avais remarqué Marie Zabukovec, qui joue Annie, lors d’un stage que j’avais dirigé : c’était de loin la plus douée. J’ai demandé à ce qu’elle passe le casting et elle m’a tout de suite convaincu. Pauline Briand s’est aussi imposée par ses essais. C’est une jeune actrice qui cherche beaucoup et qui a pris de plus en plus d’assurance au fur et à mesure du tournage. Quant à Lily Taïeb, je l’avais remarquée dans Trois souvenirs de ma jeunesse, et elle avait exactement cette combinaison de tension intérieure et d’étrangeté que je cherchais pour le personnage d’Yvette."

L’Enseignement ménager
Dans la foulée de l’ouverture de la première Ecole professionnelle et ménagère de jeunes filles à Reims, en 1873, l’enseignement ménager se développe en France. Il se déploie à travers plusieurs disciplines : la puériculture, l’hygiène alimentaire, la cuisine, l’entretien de la maison, le blanchissage, le repassage, l’entretien des vêtements, la couture, divers travaux manuels dont le jardinage, éventuellement l’élevage, etc.

Pendant l’entre-deux-guerres, notamment sous l’impulsion de la journaliste Paulette Bernège apparaît une approche scientifique des "arts ménagers". Il s’agit de rationaliser le travail domestique, notamment en réorganisant – pour celles qui en ont les moyens ! – la topographie des cuisines, et en y incluant les nouveaux appareils ménagers. L’épanouissement est factice : il s’agit de ne pas montrer les tâches domestiques comme des activités subalternes, mais comme des tâches de gestion qui pourraient même combler les ambitions professionnelles de certaines épouses.

De façon plus globale, il s’agit de faire en sorte que l’activité professionnelle des femmes ne se développe pas au détriment de leur rôle à la maison. Il s’agit aussi "d’éduquer" celles qu’on croit être des proies vulnérables pour la consommation de masse.

Mais si cet enseignement paraît aujourd’hui conservateur, ses promoteurs sont souvent des pédagogues réformateurs. Inspectrice générale de l’enseignement ménager, Ginette Mathiot ambitionna, en vain, d’étendre cette matière aux garçons. Justement, l’enseignement ménager ne résistera pas à la mixité scolaire et plus globalement à l’évolution des mœurs. Comme l’écrit l’historienne Rebecca Rogers : "L’éducation ménagère est le symbole d’un monde social où les femmes sont clairement inférieures aux hommes, vouées à la gestion intérieure, laissant au sexe fort la gestion de la chose publique."

Quelques critiques presse

aVoir-aLire.com par Claudine Levanneur - De situations cocasses en dialogues pétillants, La bonne épouse suit son cheminement de comédie mutine et gentiment désuète, que l’évocation des célébrités du moment (d’Adamo à Anne-Marie Peysson, en passant par Joe Dassin, Ménie Grégoire ou Guy Lux) enrichit d’une tendre nostalgie.

Closer par La Rédaction - Un film dans l'air du temps aux dialogues drôlement ciselés. Il donne l'occasion à Juliette Binoche, épatante en bourge coincée, Yolande Moreau, impayable et Noémie Lvovsky de nous parler de d'émancipation sans pontifier.

Elle par Françoise Delbecq - Casting de luxe et humour vintage pour ce film aux petits oignons sur une émancipation salutaire.

Les Fiches du Cinéma par Margherita Gera - Une comédie engagée hilarante, portée par un trio d'actrices excellentes.

Télérama par Marie Sauvion - Actrices étincelantes, réalisation intelligente : une réussite.

Bande à part par Anne-Claire Cieutat - Une comédie hybride énergisante, dont la fantaisie apparente cache la noirceur en profondeur.

La Voix du Nord par Christophe Caron - Martin Provost réunit un casting étincelant pour cette fantaisie à la tonalité parfois changeante et aux couleurs délicieusement surannées.

Télé 7 Jours par Isabelle Magnier - une comédie pleine de fantaisie sur l'émancipation des femmes.

Télé Loisirs par Claire Picard - Un petit vent de folie souffle sur cet innocent manifeste pour l'émancipation féminine, grâce à l'interprétation touchante et décalée de ses actrices.

Voici par A.V. - Une comédie féministe sympathique.

La Croix par Emmanuelle Giuliani - À travers le destin subitement contrarié de la directrice d’une école ménagère, Martin Provost évoque, sur le ton de la comédie, la libération des femmes en 1968.

L’avis du projectionniste

Martin Provost propose une comédie originale et réjouissante. De très bons moments qui doivent beaucoup au talent de ses trois actrices principales : Juliette Binoche, Yolande Moreau et Noémie Lvosky.

on passe un bon moment.