La voix d’Aïda – de Jasmila Zbanic

Dimanche 24 Octobre à 17h (VO/st)

 1h 44min / Drame, Guerre, Historique De Jasmila Žbanić

Avec Jasna Đuričić, Izudin Bajrovic, Boris Ler

SYNOPSIS
Srebrenica, juillet 1995. Modeste professeure d'anglais, Aida vient d'être réquisitionnée comme interprète auprès des Casques Bleus, stationnés aux abords de la ville. Leur camp est débordé : les habitants viennent y chercher refuge par milliers, terrorisés par l'arrivée imminente de l'armée serbe. Chargée de traduire les consignes et rassurer la foule, Aida est bientôt gagnée par la certitude que le pire est inévitable. Elle décide alors de tout tenter pour sauver son mari et ses deux fils, coincés derrière les grilles du camp.

Anecdotes

Un fait historique tragique
La Voix d'Aida trouve son origine dans un fait historique des plus tragiques datant de 1995, le massacre systématique de plus de 8000 habitants de Srebrenica, ville située à l'est du pays, à la fin de la guerre de Bosnie (1992-1995). La réalisatrice Jasmila Žbanić explique : "Pendant le conflit, Srebrenica a été déclarée par l'ONU "zone de sécurité" pour les civils et les habitants. Pourtant, quand les forces bosno-serbes ont envahi la ville en juillet 1995, les Casques bleus, désarmés, qui avaient sollicité le soutien de l'ONU à New York ont été totalement livrés à eux-mêmes avec la population. Le sentiment de sécurité et la confiance dans des institutions comme l'ONU ont été réduits à néant, des milliers de gens sont morts et bien plus encore les ont pleurés. À titre personnel, Srebrenica occupe une place particulière, parce que j'ai survécu au siège de Sarajevo et qu'on aurait facilement pu finir comme Srebrenica. Je m'étais toujours dit qu'il faudrait faire un film à partir de qui s'était passé, mais je n'avais jamais imaginé que ce serait moi !"

Une part de fiction
Pour écrire son scénario, Jasmila Žbanić a bien sûr beaucoup lu sur le sujet et a aussi écouté les témoignages de plusieurs femmes qui lui ont, entre autres, parlé de leurs fils, maris, frères où pères abandonnés par l'ONU et capturés par l'armée bosno-serbe. La cinéaste précise :
"J'étais consciente qu'il était impossible de restituer le moindre aspect de cette réalité historique. Il fallait que je fasse des choix. Et il a donc fallu que j'invente pas mal de choses car le cinéma possède ses propres règles. Par exemple, dans la réalité, le commandant néerlandais de l'ONU a eu plusieurs rendez-vous avec le général bosno-serbe Mladic à l'hôtel Fontana pour négocier le sort de la ville. Il existe des vidéos de ces rencontres sur le net. Mais cela n'aurait pas fonctionné en plusieurs scènes, si bien que j'ai choisi de n'en faire qu'une seule séquence. J'ai dû ajouter une dose de fiction à certains éléments, et inventer des personnages. L'ouvrage de Hasan Nuhanovic, Under the UN Flag, dont l'histoire a inspiré le film, m'a été d'une aide précieuse."

Aida selon Jasmila Žbanić
"Elle est entre deux mondes : elle est bosniaque, et ses proches sont dans la même situation que les 30 000 habitants de Srebrenica, mais elle travaille pour l'ONU, si bien que sa position est ambiguë. Elle croit en l'ONU. Elle croit que sa famille sera en sécurité sur une base de l'ONU, et qu'elle bénéficie de certains privilèges parce qu'elle travaille pour l'ONU. Le film évoque son parcours dès lors que tout s'effondre autour d'elle."

Travail avec Jasna Đuričić
Jasmila Žbanić avait déjà dirigé Jasna Đuričić, la comédienne principale de La Voix d'Aida, dans Les Femmes de Visegrad (2014). "Après les lectures et les répétitions, où nous avons évoqué toutes les situations, nous avons beaucoup improvisé. Par exemple, c'est le cas de l'histoire de sa famille : les circonstances de sa rencontre avec son mari, de leur mariage, de la scolarité de leurs enfants... tout ce qui précède le début du film. Nous avons répété dans l'appartement où nous avons tourné par la suite. Rien de tout cela ne figurait dans le scénario, mais c'était important pour les acteurs et moi-même de bien cerner le passé des personnages et d'enrichir le film de leurs trajectoires, même si elles ne sont pas évoquées à l'image", se rappelle la réalisatrice.

Base de l'ONU
Les scènes de la base de l'ONU ont été tournées dans un décor qui a été construit pour les besoins du film. Jasmila Žbanić se souvient : "Il y avait déjà une grande salle, mais nous avons dû l'aménager en fonction de l'atmosphère qu'on souhaitait qu'elle dégage. Il fallait que cet espace se trouve au milieu de nulle part, et il nous fallait un vaste terrain où les gens pouvaient se masser, avec une route pouvant les mener vers la vie ou la mort. Étonnamment, il s'est avéré très difficile de trouver un site qui nous convienne en Bosnie, alors même qu'il y a tant d'usines désaffectées. Nous avons déniché l'endroit idéal dans un ancien camp de concentration qui avait servi pendant la guerre, si bien qu'on ne pouvait pas y tourner."

Filmer la guerre autrement
La plupart des films de Jasmila Žbanić se déroulent après la guerre de Bosnie et racontent à quel point le présent est marqué par le passé. La Voix d'Aida se différencie toutefois de par le fait qu'il s'agit du premier long métrage de la cinéaste où l'on voit des chars, des fusils ou encore des soldats. Elle explique :"Je pense que toutes les guerres ne sont que des espaces où s'épanouissent les sociopathes et les psychopathes. Au moment même où nous sommes en train de parler, certains s'enrichissent considérablement sur le dos des guerres. En réalité, une poignée s'enrichissent et des millions de gens souffrent. Le film témoigne de la structure patriarcale et bureaucratique de la guerre. Ceux qui sont responsables – les détenteurs du pouvoir – sont toujours éloignés du théâtre des opérations. Le film montre cette femme piégée dans le labyrinthe de ce système et de ses conséquences."

Quelques critiques presse

Le Parisien par La Rédaction - Haletant, d’une violence terrible, sans aucun voyeurisme, « la Voix d’Aïda » met en scène un épisode historique bien réel avec des personnages fictifs.

aVoir-aLire.com par Laurent Cambon - Plus qu’un film, La voix d’Aïda est un témoignage aussi magnifique qu’effroyable sur le masssacre de Srebrenica. Pour que personne n’oublie plus jamais...

Dernières Nouvelles d'Alsace par Nathalie Chifflet - Cette histoire vraie et terrible est bouleversante.

La Croix par Céline Rouden - À travers ce drame intime, celui d’Aïda, le film évite le piège d’une reconstitution morbide. Au massacre lui-même qui se déroule hors champ, Jasmila Zbanic préfère filmer longuement les visages en gros plan, ceux des victimes comme ceux des bourreaux, afin d’en montrer leur commune humanité.

La Voix du Nord par Christophe Caron - L’incroyable récit (Atlas d’or de l’Arras Film Festival 2020), fluide, pédagogique et étouffant, flirte avec le thriller pour raconter un épisode qui s’est, comme chacun sait, terminé par un génocide.

Le Dauphiné Libéré par Nathalie Chifflet - Ce travail de mémoire et de souvenir est un déchirement, et la fiction réaliste, ici, ressemble plus à un documentaire d’histoire.

Le Figaro par Eric Neuhoff - La Voix d’Aïda saute à la gorge. La peur a une odeur. Elle a aussi un visage. Jasmila Zbanic multiplie les gros plans, évite de montrer les massacres. Le résultat, d’une efficacité redoutable, vaut mille documentaires.

Les Echos par Olivier De Bruyn - Un film glaçant et bouleversant.

Les Fiches du Cinéma par David Speranski - Drame intense et puissant sur le massacre de Srebrenica, en parallèle d’un portrait déchirant de femme, La Voix d’Aïda apporte sous la forme d’un thriller très réussi un éclairage terrible sur l’une des tragédies les plus marquantes de l’Histoire récente...

Les Inrockuptibles par Ludovic Béot - Le film se construit comme un thriller au futur incertain qui, tel un élastique trop tendu, ne pourra que laisser son·sa spectateur·trice terrassé·e par la fin.

Marianne par Olivier De Bruyn - Implacable et bouleversant, La voix d’Aïda met en scène avec pudeur l’histoire tragique d’une femme (incarnée par une actrice exceptionnelle : Jasna Duricic) qui, impuissante, assiste à la démission coupable des forces internationales avec, comme conséquence inéluctable, un carnage.

Transfuge par Romane Carrière - Avec La Voix d’Aïda, la réalisatrice Jasmila Žbanic signe un drame puissant sur l’un des événements les plus sombres de l’histoire européenne contemporaine : le massacre de Srebrenica.

Télérama par Jacques Morice - La Voix d’Aïda révèle une responsabilité multiple et n’exonère personne.

Cahiers du Cinéma par Pierre Eugène - Sans typer ses personnages, le film, qui touche par son calme et sa précision, les garde à distance, nous fait les témoins de leur jusqu'au-boutisme qui installe autour de chacun d'eux des murs infranchissables; autant de face-à-face muets, de regards interdits devant une horeur inéluctable, qui se dédit des rapports humains, des mots et des conventions diplomatiques.

Le Journal du Dimanche par Stéphanie Belpêche - Exécuté avec une évidente économie de moyens, ce huis clos très anxiogène vaut pour son portrait de femme forte et digne luttant contre l’adversité et sa mise en scène dépouillée et frontale, sans pathos.

Le Nouvel Observateur par François Forestier - On sort de là accablé par l’abjection de cette guerre, bouleversé par le déchirement intime d’Aïda. C’est du cinéma de combat.

Première par Thierry Chèze - Une course contre la montre et contre la mort sans temps mort qui reflète avec une grande maîtrise le chaos ambiant et dessine le portrait d’une madame-tout-le-monde se retrouvant à endosser malgré elle des habits de résistante qu’elle va faire siens dans un geste d’urgence instinctif.

l’avis du projectionniste

A travers l'histoire de cette courageuse femme bosniaque traductrice de la force PRONU lors du massacre de SREBREVICA de juillet 1995, la réalisatrice nous transmet un film saisissant de réalisme . Le film est poignant et nous laisse très impressionné à l'issue de la projection.