L’amour est une fête – de Cédric Anger

Samedi 20 Octobre à 20h30

Date de sortie 19 septembre 2018 (1h 59min)

De Cédric Anger

Avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Michel Fau

Genre Comédie

Nationalité français

Synopsis

Interdit aux moins de 12 ans

Paris, 1982. Patrons d’un peep show, Le Mirodrome, criblés de dettes, Franck et Serge ont l’idée de produire des petits films pornographiques avec leurs danseuses pour relancer leur établissement. Le succès est au rendez-vous et ne tarde pas à attirer l’attention de leurs concurrents. Un soir, des hommes cagoulés détruisent le Mirodrome. Ruinés, Franck et Serge sont contraints de faire affaire avec leurs rivaux. Mais ce que ces derniers ignorent, c’est que nos deux « entrepreneurs » sont des enquêteurs chargés de procéder à un coup de filet dans le business du « X » parisien. C’est le début d’une aventure dans le cinéma pornographique du début des années quatre-vingt qui va les entraîner loin. Très loin…

Anecdotes

Une thématique chère à Cédric Anger

Cédric Anger a toujours voulu faire un film sur le porno français des années soixante-dix/quatre-vingt, celui tourné en pellicule, ainsi que sur celles et ceux qui faisaient ces films. Selon le metteur en scène, il y avait une insouciance qui n’a rien à voir avec le porno d’aujourd’hui et avec le porno américain de la même époque, beaucoup plus industrialisé et professionnel. Il explique : "Le cinéma pornographique français de ces années-là est inséparable de la libération des moeurs post-68. Il est fabriqué avant tout par des gens qui s’amusent, pour qui ces tournages sont des moments de vacances et de plaisir. Il faut bien comprendre qu’ils ne tournaient pas ces films par nécessité financière, mais parce qu’ils en avaient envie. D’ailleurs la plupart des actrices, acteurs et réalisateurs de cette époque sont plutôt des petits-bourgeois branchés, qui aiment faire la fête et ne se soucient pas trop du lendemain. Brigitte Lahaie par exemple était fille de banquier, elle a tourné par plaisir, pour s’affirmer et puis pour provoquer sa famille. La plupart de ces actrices vivaient leur métier de façon naturelle. Si certaines étaient payées au « black », la majorité avait droit aux congés spectacles et aux Assedic, comme les autres actrices. Les acteurs, pareil."

Angle

Avec L'Amour est une fête, Cédric Anger a fait le choix de ne pas jouer longtemps le film d’infiltrés dans le milieu du porno. L'enquête est ainsi presque un prétexte et le spectateur ne voit pas seulement une histoire avec une action qui monte et qui se développe, mais au contraire une sorte de balade où l'on passe d’un genre à un autre sans avertir. Le cinéaste confie :"A partir du moment où le film essaie de faire sentir une sorte de liberté joyeuse d’une époque et d’une façon de faire du cinéma, je voulais que tous les éléments du film, le récit et la forme, racontent ça et se développent très librement. Raconter l’esprit libertin et libertaire de manière cadenassée et vissée, ça aurait été faux et hors sujet. D’abord je voulais prendre le contrepied des productions anglo-saxonnes sur le porno, qui obéissent toujours à un imaginaire puritain avec ascension et chute, comme si les acteurs de cette industrie devaient payer le prix d’en avoir fait. Je n’ai pas le sens du pêché et ma tendance va plutôt vers des morales clandestines autres, que vers la morale ordinaire."

Signification du titre

"L'Amour est une fête" fait référence aux films tournés par ces réalisateurs de l'époque qui disaient qu'ils ne faisaient pas des films pornos, encore moins des films X, en raison de la censure. Ils parlaient au contraire de « films d’amour », une expression usuelle de l'époque. Cédric Anger précise : "Et tourner ces films d’amour était vraiment une fête, au contraire du porno d’aujourd’hui. Ils avaient parfois plus de rapports sexuels entre les prises que pendant, les assistants toquaient aux portes des chambres pour que les acteurs s’économisent ! Et régulièrement à la fin du tournage, l’équipe proposait de terminer la « fête » qu’est le film en partouze. Ce sont des moeurs différentes, une autre façon de vivre, qui est ce que découvrent les personnages de Gilles et Guillaume. Il n’y a pas à juger, c’est comme ça. Et puis ce n’est pas parce qu’on contredit la morale courante qu’on est sans morale."

Liberté de moeurs

Pour Cédric Anger, l'un des plus grands films français sur la liberté de moeurs est Jules et Jim. À son propos, François Truffaut parlait du « caractère scabreux des situations et de la pureté de l’ensemble ». Le réalisateur raconte : "J’espère qu’il y a un peu de ça, une émotion malgré la nature des situations. Et de la beauté là où on pense qu’il n’y a que de la vulgarité. Je voulais que plus le film avance, plus il baigne dans une ambiance familiale et douce. C’est ce qui me plaisait, faire un film subversif avec une douceur totale, sans agresser le public ni vouloir le choquer. Au contraire, en l’enveloppant de tendresse."

Les « loops »

Au début du film, Franck et Serge tournent ce qu’on appelle des « loops », des films d’une bobine destinés aux cabines des peep-shows. A l'époque, des gens mettait une pièce dans une machine et avaient une scène porno d’une dizaine de minutes. Les loops étaient les plus petits budgets de ce genre de cinéma. Cédric Anger explique : "Et pour mes deux personnages c’est un moyen de filmer leurs stripteaseuses. C’est une pratique qui remonte à la naissance même du cinéma. Dans les bordels par exemple, pour faire patienter le client, on lui projetait des petits films pornographiques tournés avec les filles de l’établissement. Mais à la fin du film, Pachard tourne un « porno proustien », un sous-genre avec jeunes filles en ombrelles et robes 1900."

Retrouvailles

Cédric Anger retrouve Guillaume Canet après La Prochaine fois je viserai le coeur où ce dernier incarnait un gendarme/tueur en série. Gilles Lellouche et Canet tournent par ailleurs pour la huitième ensemble, après Nous finirons ensemble, Le Grand Bain, Rock'n'Roll, La French, Les Infidèles, Les Petits Mouchoirs, Narco, Ne le dis à personne et Mon idole.

Côté bande originale

La bande originale de L'Amour est une fête comprend des morceaux existants et le score composé par Grégoire Hetzel. Il s'agit de la quatrième collaboration entre Cédric Anger et le compositeur. Les deux hommes ont respecté l’époque (aucun morceau n’est postérieur à 1982) et ont choisi des titres de chanteurs italiens comme Morricone, Nicolai, Rota, Piero Piccioni, etc. Le cinéaste indique : "Ces personnages vivent en musique, évoluent dans des lieux où la musique est omniprésente. La musique du début des années quatre-vingt a un charme particulier, on est après le rock et le disco, et pas encore dans la variété type Top 50. C’est un mélange de sons populaires et sophistiqués, parfois un peu cheap mais qui a la vertu de ne pas se prendre trop au sérieux là encore. On a trouvé quelques perles comme les titres d’Alain Kan, de Sonia, de New Paradise…"

Le choix du format large

Cédric Anger a opté pour un format large. Le metteur en scène voulait que les personnages aient droit à un format auquel ils n’avaient pas accès à l’époque en les filmant comme s'ils étaient des reines et des rois : le cinémascope. "Un format plus ordinaire aurait eu un côté plus cru et on aurait moins vu la différence avec les films qu’ils tournent en format carré. On utilise souvent un format moins large pour les comédies, pour être plus près des acteurs, mais après tout les comédies italiennes des années soixante étaient en scope. Quand les acteurs sont bons, autant leur donner de l’espace. Et puis je voulais qu’on sente l’espace restreint du début du film, du peep show, et finir avec un espace ouvert, en pleine cambrousse", note-t-il.

L'état du X en 1982

Sex shops : 84

Chiffre d’affaires par boutique : déclaré 750 000 francs / réel 3 800 000 francs

Peep shows : 19

Salles de cinéma classées « X » : 45

Nombre de films « X » produits : 43

Entrées dans les salles « X » : 5 400 000

Éditeurs français de cassettes « X » : 21

Nombre de cassettes de films pornographiques vendues en un an : 230 000 (25% de contrefaçons)

Chiffre d’affaires de la vidéo « X » : 50 millions de francs

Grossistes et vendeurs de produits et gadgets sexuels : 23

Personnes mises en cause dans des affaires de pornographie : 932 120 procédures aboutissent.

Pourquoi 1982 ?

Cédric Anger a fait le choix de situer L'Amour est une fête en 1982 car il s'agit vraiment de l’année où des groupes de la mondaine ont eu pour mission de mener la vie dure aux pornographes, de faire des descentes dans les peep-shows et clubs de strip. Le réalisateur développe : "Des établissements comme ça, il y en avait partout, c’est difficile de se rendre compte aujourd’hui. Ce monde-là a disparu. En 1982, le ministère de la Culture a commencé à appliquer la loi X à la lettre, avec une rigueur policière. Ensuite, 1982 est une des dernières années du cinéma porno tourné en pellicule, dont je crois le dernier film est de début 1984. Dorcel commence à tourner en vidéo en 1979, début quatre-vingt ça se généralise peu à peu. Il faut dire que là où un film coûtait deux à trois cent mille francs, tout d’un coup il n’en coûte plus que dix mille. Mais en 1982, il y a encore pas mal de monde qui tourne en pellicule et qui veut « faire cinéma ». À partir de 1983-1984, la consommation changera également avec l’avènement du magnétoscope et le porno mensuel de Canal+ en 1985. Enfin, 1982, c’est surtout la dernière année de légèreté post-68 en ce qui concerne la sexualité. En 1983, le sida fait les gros titres. Et tout change. C’est pour cela aussi qu’on termine sur un coucher de soleil. Ce n’est pas seulement l’âge d’or du porno qui se termine, c’est une forme d’insouciance."

Quelques critiques presse

20 Minutes par Caroline Vié

Cédric Anger évoque l’époque pré-sida avec nostalgie et signe un film épris de liberté autour de Guillaume Canet et Gilles Lellouche.

Closer par La Rédaction

Une comédie réussie et une mention spéciale pour le décor et la bande-son.

Dernières Nouvelles d'Alsace par La Rédaction

Cédric Anger ravive le porno des années 80.

Direct Matin par La rédaction

Un poil trash mais jamais vulgaire, cette comédie à l’esthétique à la fois pop et rétro relève davantage d’un feel good movie jubilatoire et plein d’insouciance, que d’une simple enquête sur le milieu du X.

Le Point par Jean-Luc Wachthausen

On n'est pas dans le polar mais dans la comédie, avec Michel Fau, en producteur tordu et mystique et Xavier Beauvois en réalisateur mythomane qui rêve de tourner son plus "grand film de cul". D'où quelques scènes drôles, jamais grivoises, sous l'œil de nos Starsky et Hutch d'occasion embarqués dans cette folle histoire qui part dans tous les sens.

Les Fiches du Cinéma par Nicolas Marcadé

Inattendu et déconcertant dans sa narration, le nouveau Cédric Anger réussit à imposer peu à peu un rythme et une tonalité qui lui sont propres. Un film curieux et attachant.

Positif par Philippe Rouyer

Loin des habituelles représentations du porno franchouillard, confites dans le vaudeville ou le pastiche, la réussite de "L'amour est une fête" tient à son art de retrouver dans sa forme la liberté de ton à laquelle elle rend hommage.

Première par La Rédaction

Producteurs amoureux, cinéastes frustrés, figurants émotifs... Le porno vient de trouver sa "Nuit américaine".

Télé Loisirs par Gwénola Trouillard

Cédric Anger signe une fable joyeusement amorale sur fond de liberté sexuelle.

Voici par Lola Sciamma

Une immersion joyeuse et hédoniste dans l'âge d'or du hard.

aVoir-aLire.com par Frédéric Mignard

Célébration déculottée des grandes années de la pornographie française, avec stars bankables à l’appui, cette partie de doigts en l’air à l’égard de la pruderie contemporaine, séduit par son humour cocasse et son véritable amour pour son sujet qu’il traite sans jamais s’adonner à la leçon moralisatrice.

Le Journal du Dimanche par Stéphane Joby

Avec une nostalgie festive et colorée, Cédric Anger raconte la fin d’un cinéma artisanal, où le sexe était filmé par des réalisateurs de talent avec de vraies histoires. La sienne part un peu dans tous les sens mais reste toujours joyeusement débridée.

Le Monde par Jacques Mandelbaum

Saisie au crépuscule d’un artisanat du porno où le plaisir et la liberté d’en jouir avaient, si l’on en croit l’auteur, encore leur place, L’amour est une fête est un film impertinent, qui ne se fera pas que des amis dans sa propre époque.

Le Nouvel Observateur par Nicolas Schaller

Porté par des images et une bande-son léchées, mais lesté par une écriture incertaine, "L'amour est une fête" réjouit surtout dans les scènes avec Michel Fau, savoureux en parrain libertin, et Xavier Beauvois, en réalisateur X exalté (inspiré de feu Henri Pachard et Michel Ricaud).

Sud Ouest par Sophie Avon

Cette fable gagne la sympathie par son tâtonnement même. Et Michel Fau en figure excentrique d’un milieu aujourd’hui défunt, ajoute à la curieuse poésie de ce chant d’amour libertin.

Télérama par Louis Guichard

L’Amour est une fête joue sur la nostalgie d’une société à la fois plus libertaire et plus innocente que la nôtre, dans son rapport à la sexualité comme aux images…