Les moissonneurs (VO /st) – de Étienne Kallos

(VO/st) Vendredi 22 Mars à 17h15 et Dimanche 24 Mars à 21h00

Date de sortie 20 février 2019 (1h 46min)

De Etienne Kallos

Avec Brent Vermeulen, Alex van Dyk, Juliana Venter

Genre Drame

Nationalités sud-africain, français, grec, polonais

Synopsis

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu’elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l’accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l’héritage et l’amour parental.

Anecdotes

Free State

Les Moissonneurs se déroule dans le Free State, région d'Afrique du Sud surnommée la "Bible Belt" (ceinture biblique), coeur de la culture afrikaner. C'est grâce à Reza de Wet, auteure dramatique qui fut sa professeure, que le réalisateur a découvert cette province : "Partout des champs de maïs, des fermes et des églises. [...] Il y a quelque chose de mystérieux et puissant dans le paysage, quelque chose qui vous saisit et ne vous lâche plus. Posées au milieu de nulle part, ces fermes pourraient être des lieux paradisiaques, mais il y a des barreaux aux fenêtres. Et une peur farouche dans l’air. Les meurtres de fermiers afrikaners sont fréquents, sans que l’on sache qui en sont les auteurs : des ouvriers agricoles mécontents ou simplement des voleurs…"

La culture afrikaans

"Afrikaner" est un vieux mot hollandais pour dire "Africain". Il désigne les descendants des premiers colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Sud-africain d'origine grecque, Etienne Kallos souhaitait se pencher sur la jeune génération d'Afrikaners, née complètement en dehors de l'apartheid : "comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible ? Doit-on brûler tout ce qu’ont incarné les générations précédentes pour devenir africain ?" C'est grâce à Reza de Wet, auteure de langue afrikaans la plus traduite au monde, que le réalisateur a voulu explorer la culture sud-africaine : "Je comprends ce sentiment de vivre intérieurement une fracture, d’aimer et détester dans le même souffle, de ne pas se sentir à sa place : vous grandissez au milieu d’une communauté, et puis tout à coup, à l’adolescence, vous vous rendez compte que vous n’en faites pas vraiment partie".

La place de la religion

Les Afrikaners représentent la population qui se rend le plus au monde à l'église. Fasciné par la religion et la question de l'existence de Dieu, le réalisateur a débuté l'écriture de la deuxième version du scénario par une scène de prière qu'il a conservée, à quelques détails près, dans Les Moissonneurs : "un fils de fermiers pénètre de nuit dans la cuisine, il voit sa mère et sa tante en train de prier ; elles prient pour lui, mais sans le regarder. Elles lui disent juste qu’il y a un autre garçon dans la chambre, qu’il faut l’aimer et s’ouvrir suffisamment à lui pour qu’il devienne son frère".

Le coup de pouce de Cannes et Sundance

Le scénario d'Etienne Kallos a été sélectionné simultanément en 2012 à la Cinéfondation, Résidence du Festival de Cannes, et au Sundance Labs, atelier de scénario du Festival de Sundance. Il a d'ailleurs gagné le Prix Opening Shot de la Fondation Gan, choisi parmi les travaux des résidents ; et le Mahindra Global Filmmaking Award, du nom d’un riche mécène de Sundance.

Le casting

L'étape du casting a été quelque peu délicate en raison du conservatisme de la société afrikaner et du sous-texte sexuel du scénario. La moitié des écoles sollicitées ont refusé qu'on y organise des auditions.

Les deux comédiens principaux ont été trouvés dix jours avant le début du tournage. Si Brent Vermeulen incarne Janno, le plus fragile des deux garçons, il pratique dans la vraie vie la lutte et le rugby mais porte en lui "une capacité à s’effondrer, une puissance émotionnelle souterraine" selon le réalisateur. Il poursuit : "Paradoxalement [...] Brent est un garçon urbain fan de hip-hop et de Kanye West. Alex [van Dyk] n’avait aucune expérience de jeu, mais un charisme naturel que la caméra a tout de suite aimé. Brent est dans l’émotion intérieure quand Alex est extraverti et physique. Entre les deux, cela fonctionnait parfaitement".

Le travail sur l'image

Afin de mieux comprendre la culture de son chef-opérateur polonais Michal Englert, le réalisateur a regardé des films polonais classiques, dont certains avec des motifs religieux comme Mère Jeanne des Anges de Jerzy Kawalerowicz. Ensemble, ils ont sillonné l'Afrique du Sud et storyboardé le film avant le tournage. Etienne Kallos revient sur leur collaboration : "Je ne voulais pas que l’image embellisse le paysage - déjà magnifique, comme par exemple le Sterkfontein Dam, ce lac artificiel où nous avons tourné certaines scènes. Michal est très doué avec la caméra à l’épaule, donc nous avons commencé par des plans posés et progressivement évolué vers une caméra portée à mesure que Janno bascule, avant de revenir à des cadres posés à la fin, comme pour boucler la boucle".

Quelques critiques presse

Le Nouvel Observateur par François Forestier - Une authentique révélation et, pour nous, un vrai coup de cœur.

Les Inrockuptibles par Jean-Baptiste Morain - La relation trouble entre un fils de fermiers et un orphelin qui se cherchent une identité et un avenir dans une communauté afrikaner pétrie de religion. Un premier film incandescent.

L'Humanité par Dominique Widemann - Un premier long métrage formidable venu d’Afrique du Sud. La fiction explore par l’histoire de deux adolescents celle d’une communauté blanche patriarcale.

Positif par Bernard Génin - On sent un danger qui plane (les massacres de fermiers sont courants dans cette communauté repliée sur elle-même) et une ambiance à la fois onirique et cathartique, maintenue de bout en bout.

Sud Ouest par Sophie Avon - Etienne Kallos, le réalisateur dont "Les moissonneurs" est le premier long-métrage, filme cette histoire comme une épopée biblique. Avec une palette de peintre, un sens du sacré et le goût du mystère.

Télérama par Guillemette Odicino - A travers la rivalité électrique entre un adolescent et son frère adopté, la radiographie brûlante d’une communauté isolée de fermiers afrikaners.

Voici par Daniel Blois - Un premier film visuellement très soigné.

La Croix par Corinne Renou-Nativel - Si l’image abuse de contre-jours, elle contribue à créer une atmosphère singulière en nimbant d’une lumière dorée les travaux des champs et les troupeaux de vaches dans des paysages sauvages, les groupes de prière et les repas partagés dans la maisonnée où tout semble immuable.

Le Figaro par La Rédaction - Un premier film intéressant.

Le Journal du Dimanche par Baptiste Thion - L’identité, sous ses diverses formes, et l’héritage sont au centre de ce film à la fois âpre, esthétiquement réussi et un peu étrange, auquel les comédiens apportent toute leur vérité.

Les Fiches du Cinéma par Clément Deleschaud - Une famille bigote, un environnement hostile, un ado adopté qui s’immisce dans la vie du fils de la famille : "Les Moissonneurs" adopte le même point de vue doloriste et mollement emphatique de la tragédie en sourdine.

L'Express par Christophe Carrière - Le rythme de son film s'en ressent, qui hésite dans les directions à prendre. Mais c'est aussi là tout l'intérêt de ce premier long-métrage au-dessus de la moyenne.

Paris Match par Fabrice Leclerc - Poésie visuelle, ambiance lourde, sentiments troubles, quête de domination, Etienne Kallos survole parfois son intrigue, mais son cinéma intelligent dessine en creux la chronique de la fin d’une caste sud-africaine, celle des Blancs afrikaners.

Première par Thierry Chèze - Sous influence « malickienne », la lumière de Michal Englert participe à ce trouble par sa manière d’éclairer ces peaux diaphanes comme les champs de maïs, épicentre de cet affrontement. Le film frappe par sa maîtrise rarement prise en défaut.

L'avis du projectionniste
Dans l'Afrique du Sud rurale d'après l'apartheid, l'arrivée d'un jeune drogué va bouleverser l'équilibre d'une famille confite dans un puritanisme étouffant. Esthétiquement et psychologiquement très réussi !