Mon cher enfant – de Mohamed Ben Attia

DIMANCHE 16 DECEMBRE à 17h00 (VO/st)

Date de sortie 14 novembre 2018 (1h 44min)

De Mohamed Ben Attia

Avec Mohamed Dhrif, Mouna Mejri, Zakaria Ben Ayyed

Genre Drame

Nationalités tunisien, belge, français

Synopsis

Riadh s’apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Avec Nazli, il forme un couple uni autour de Sami, leur fils unique qui s’apprête à passer le bac. Les migraines répétées de Sami inquiètent ses parents. Au moment où Riadh pense que son fils va mieux, celui-ci disparaît.

Anecdotes

Point de départ

Le point de départ de Mon cher enfant trouve son origine avant le tournage de Hedi, un vent de liberté, le premier film de Mohamed Ben Attia. A ce moment, les témoignages de parents partis à la recherche de leurs enfants qui avaient rejoint Daech commençaient à se généraliser à la radio, à la télévision et dans les journaux. Le metteur en scène se rappelle :

"Un jour, j’étais en voiture et j’ai entendu, sur notre radio nationale en français, un père raconter son histoire. Je ne sais pas comment l’expliquer, il m’a beaucoup marqué. Il n’arrêtait pas de dire « mon fils ». Il était extrêmement précis et factuel. Il racontait l’aéroport, l’avion, la Turquie, la frontière, la Syrie, etc. Ce qui m’a le plus ému, c’est qu’il racontait son périple de façon démunie de tout pathos. Il était tout le temps dans l’action. Il donnait des détails, des faits, des dates... J’ai eu envie de m’inspirer de son histoire. J’ai compris très vite que ce qui m’intéressait n’était pas les raisons qui avaient poussé le fils au départ, mais plutôt le point de vue de ceux qui étaient restés, de ses parents qui n’avaient pas vu la chose venir, et d’associer leurs réactions à notre vécu, à notre quotidien. La misère dans laquelle on vivait, pas seulement la misère économique, mais aussi la misère affective, sexuelle et spirituelle. Si bien que petit à petit, en cinq ou six mois, j’ai fini par raconter tout le reste. C’est-à-dire le travail, le couple, l’affectivité, la recherche du bonheur, si on peut parler de bonheur..."

Difficulté d'écriture

Tout au long du processus d'écriture, le plus difficile pour Mohamed Ben Attia était de ne pas tomber dans un manichéisme prévisible, de garder subtilité et délicatesse. Le réalisateur voulait éviter la facilité d’aller directement dans une condamnation, même si elle est tout à fait légitime. Il explique : "Je voulais dépasser ce premier degré de la haine, de la colère, même si, une fois encore, c’est tout à fait logique de ressentir ces sentiments-là. Je me rappelle une phrase de ma première assistante belge : « Nous, on connaît tous des gens qui sont proches des victimes, ou même des victimes des attentats » Et bien, chacun de nous en Tunisie connaît forcément quelqu’un qui est parti ou dont les proches sont partis en Syrie... C’est ce point de vue-là qui me paraissait intéressant, et même troublant, à fouiller, à développer... Il y a eu pas mal de films sur ce sujet, où les condamnations, un peu trop faciles, réduisaient le sujet à quelque chose de systématique. On accusait la pauvreté, l’endoctrinement religieux, etc. Or, dès qu’on se penche sur la question, on voit bien que les choses sont beaucoup plus complexes et que les profils de ceux qui partent sont tellement différents qu’il est impossible d’en tirer une règle."

Le personnage principal du père

Dans Mon cher enfant, Mohamed Ben Attia n'a pas cherché à s'interroger sur les raisons qui ont poussé le fils à partir, et se place du point de vue de ceux qui sont restés. Ainsi, comme dans Hedi, un vent de liberté, le père est un personnage ordinaire auquel les événements font perdre ses repères et qui va finalement être conduit à envisager sa vie de manière différente... Le cinéaste confie :

"Pour Riadh, à l’âge qu’il a, la clé du bonheur est simple : s’occuper de sa famille, travailler tous les jours, gagner son pain. Ce sont ses raisons de vivre. C’est aussi la vie qu’il projette pour son fils : un bon travail, un mariage, des enfants, une vie « normale ». Il se définit à la fois à travers son statut de père et à travers son travail. Puis tout est bouleversé : son travail s’arrête puisqu’il a l’âge de la retraite et son fils disparaît ... C’est un chamboulement dans sa vie. Il va décider de partir à la recherche de son fils pour le ramener à la maison. Cela va l’entraîner à une prise de conscience et lui donner une sorte de maturité qu’il aura, c’est vrai, acquise sur le tard. A plus de 60 ans, retraité, qu’a-t-il réussi ? Et que promet l’avenir aux jeunes gens dans le monde d’aujourd’hui ? En partant à la recherche de son fils, que pouvait-il avoir comme images pour le convaincre de rentrer ? C’est ce qui me paraissait important de raconter à travers ce personnage du père. Cette révélation par rapport à lui-même, sur sa propre vie, sur sa propre condition de retraité, de père et d’époux."

Une triste réalité

Quand le père enquête sur la disparition de son fils et dit « Peut-être qu’il est mort » on lui répond « S’il était mort, ils vous auraient informé ». Pour ce film, Mohamed Ben Attia s'est beaucoup documenté et les choses se passent réellement comme cela. Il explique : "Le père qui parlait à la radio, celui qui m’a ému, avait reçu une lettre qui lui annonçait la mort de son fils. Mais il n’y a pas de règle, cela peut se passer différemment. En tout cas, ils informent toujours puisque pour Daech si un jeune homme est mort, c’est qu’il s’est conduit en martyr, qu’il a accompli des gestes d’une grande valeur. A la limite, c’est une fierté, presque un titre de gloire. Donc pas de raison de ne pas s’en vanter."

Mystérieuses migraines

L’idée des migraines dont souffre le fils est venue des propres migraines que le metteur en scène Mohamed Ben Attia avait, mais sans qu'il en connaisse la provenance ! "Vos proches s’inquiètent, ils voudraient savoir, ils voudraient comprendre, mais c’est comme ça, inexplicable. Ce qui me plaisait, c’était de faire comme un parallèle avec son futur départ. On ne sait pas pourquoi il est parti, c’est comme ça, et c’est tout. On a beau faire le tour, on ne trouvera jamais le pourquoi", se rappelle-t-il.

Les Dardenne à la production

Les frères Dardenne figurent encore parmi les co-producteurs de Mohamed Ben Attia. "Ils se sont moins investis sur le scénario comme ce fut le cas pour Hedi, un vent de liberté, mais étaient plus présents sur le montage", confie le réalisateur.

Budget plus confortable

Après le succès et les récompenses de Hedi, un vent de liberté – Ours d’argent du meilleur acteur et Prix du meilleur premier film à Berlin – Mon cher enfant a été facile à monter financièrement... Mohamed Ben Attia a même bénéficié d’un budget beaucoup plus confortable que sur Hedi, un vent de liberté, notamment pour soigner davantage la post-production. "J’ai beaucoup de chance car avec Dora Bouchoucha (ma productrice) et Lina Chaabane (ma productrice exécutive) nous formons une belle équipe. Cela fera bientôt 20 ans que nous travaillons ensemble et ce qui est formidable, c’est que notre plaisir de raconter des histoires est intact voire encore plus fort. Au-delà de la production « pure », elles m’aident beaucoup depuis l’écriture jusqu’au montage et leur implication est toujours bienveillante", raconte-t-il.

Côté casting

Mohamed Ben Attia a trouvé le père et le fils, Riadh et Sami, le premier jour du casting. En lisant le scénario, son directeur de casting a tout de suite pensé à Mohamed Dhrif pour le rôle du père (il avait joué en 1986 un petit rôle dans L’Homme cendres de Nouri Bouzid, et dans une sitcom vieille de 30 ans, une série policière). Le metteur en scène se remémore :

"Tout de suite, j’ai su qu’il était l’interprète idéal. Il a cette bonhomie, cette humanité, que dégage le personnage. Et pendant le tournage, il a été d’une disponibilité et d’une douceur étonnantes. Il m’a fait entièrement confiance, d’autant qu’il avait peur de ne pas assez « jouer », alors que je trouvais que moins il en faisait plus il était formidable et touchant. Le jour où je l’ai rencontré, le directeur de casting m’a dit qu’il avait demandé à un jeune homme de venir mais juste pour donner la réplique à Mohamed Dhrif. À la fin des essais, j’ai su que ce serait lui qui jouerait le fils ! Il s’appelle Zakaria Ben Ayed, il est musicien, il joue de la guitare, il compose, il est chanteur, il a juste fait trois ou quatre pubs comme acteur. Le choix de la mère est encore plus étonnant. Dans la vie, Mouna Mejri est en effet la mère de Majd Mastoura, l’acteur principal de Hedi, un vent de liberté. Et c’est lui qui m’a suggéré de lui proposer le rôle. Quand je lui ai parlé de Mon cher enfant (Weldi), il m’a dit : « Tu devrais voir ma mère, je trouve qu’elle a pas mal de points communs avec ton personnage, et pas seulement parce qu’elle est prof d’arabe comme elle ». Mais il a fallu la convaincre, car elle est à mille lieues de tout ce qui est cinéma, composition, jeu d’acteur, etc."

Quelques critiques presse

Positif par Olivier De Bruyn - Dépourvu de didactisme, scénarisé et mis en scène avec une sobriété exemplaire, "Mon cher enfant" dresse avec acuité le portrait émouvant d’un homme blessé dans ses principes, sa morale et ses valeurs. Un film intime et politique qui confirme le talent de son auteur.

Cahiers du Cinéma par Florence Maillard - La grâce et la puissance toute en retenue de Mon cher enfant confirment après Hedi (2016), son premier long métrage, toute l’attention qu’il faut porter à l’œuvre naissante du Tunisien Mohamed Ben Attia.

Culturopoing.com par Emna Mrabet - Après "Hédi, un vent de liberté" (2016), "Weldi" vient confirmer l’indéniable talent, tout en justesse et en finesse, du réalisateur tunisien Mohamed Ben Attia.

Femme Actuelle par Amélie Cordonnier - Mohamed Dhrif nous bouleverse dans ce film qui évoque la radicalisation à travers les yeux d'un père.

La Septième Obsession par Xavier Leherpeur - Mohamed Ben Attia confirme avec ce nouvel opus tout le bien que nous avions pensé et écrit de ses premiers pas.

Le Figaro par Eric Neuhoff - Cela pourrait se dérouler partout ailleurs qu'en Tunisie. Il ne s'agit surtout pas d'adopter un point de vue politique, d'expliquer les raisons. Le résultat en est mille fois plus fort.

Le Journal du Dimanche par Stéphanie Belpêche - Mohamed Ben Attia signe un drame poignant sur le combat d’un père pour sauver son garçon. Mohamed Dhrif, le père courage, est extraordinaire de pudeur et de justesse.

Le Monde par Murielle Joudet - Un mélodrame minimaliste, presque éteint, d'autant plus émouvant que le pathos est savamment absent du film.

Le Nouvel Observateur par Nicolas Schaller - "Mon cher enfant" s'inscrit dans la lignée de "Hedi. Un vent de liberté", le précédent film de Ben Attia, et impose ce dernier comme l'un des rares portraitistes de la Tunisie actuelle.

Le Parisien par La Rédaction - Le spectateur ressent profondément la honte, la culpabilité et l’incompréhension de Riadh. Au point de ne plus toujours savoir dessiner la frontière entre ses fantasmes et la réalité.

L'Express par Antoine Le Fur - En paterfamilias rongé par le chagrin et le doute, Mohamed Dhrif est impressionnant. Une prestation intense, à l'image du film en quelque sorte.

L'Humanité par Dominique Widemann - Après Hedi, un vent de liberté, le réalisateur Mohamed Ben Attia s’empare avec une extrême finesse des cauchemars et réalités qui minent la société tunisienne.

Marianne par Olivier de Bruyn - Un film précieux.

Télérama par Frédéric Strauss - Un tour de force pudique, émouvant, éclairant.

aVoir-aLire.com par Julien Dugois - Un mélodrame délicat sur le thème du terrorisme qui nous interroge sur le manichéisme avec lequel on a trop souvent l’habitude de réduire ce phénomène. Le scénario tumultueux et imparfait en diminue toutefois la portée.

Les Inrockuptibles par Marilou Duponchel - C'est dans son minimalisme, son approche quasi documentaire, sa manière de recomposer les gestes du quotidien et l'apparente simplicité du réel que "Mon cher enfant" trouve sa plus grande réussite.

Libération par Julien Gester - Ces histoires du monde présent, celle d’une Tunisie aux espoirs enlisés comme celle de ces exodes tragiques de jeunes gens ordinaires vers une terre de terreur, on les connaît par cœur, et l’on sait gré au film de Mohamed Ben Attia de ne pas chercher à en sensationnaliser ou à en expliquer les ressorts intimes par les vues très personnelles de son imagination, par delà la grâce que confèrent à son récit la sensibilité des acteurs, son sens du cadre et la fluidité empathique de sa caméra.

Première par Gérard Delorme - Le pari était risqué, compte tenu du comportement désespérant de ces personnages, que le spectateur est invité à suivre sans arrêt mais auxquels il s’attache quand même grâce à une interprétation très juste.