Noura rêve – de Hinde Boujemaa

Dimanche 15 Décembre à 17h00 (VO/st)

Date de sortie 13 novembre 2019 (1h 30min)

De Hinde Boujemaa

Avec Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumsaoudi

Genre Drame

Nationalités tunisien, belge, français

Synopsis

5 jours, c’est le temps qu’il reste avant que le divorce entre Noura et Jamel, un détenu récidiviste, ne soit prononcé. Noura qui rêve de liberté pourra alors vivre pleinement avec son amant Lassad. Mais Jamel est relâché plus tôt que prévu, et la loi tunisienne punit sévèrement l’adultère : Noura va alors devoir jongler entre son travail, ses enfants, son mari, son amant, et défier la justice…

Anecdotes

Naissance du projet

Le court métrage précédemment réalisé par Hinde Boujemaa, Et Romeo a épousé Juliette, était déjà une radiographie du mariage, tout comme son documentaire C’était mieux demain qui questionnait les rapports hommes-femmes. La cinéaste explique : "Quand je tournais mon documentaire C’était mieux demain, j’ai suivi une femme pendant un an et demi lors de la révolution arabe. Je l’ai accompagnée pendant sa recherche désespérée d’un toit et sa tentative de se reconstruire une vie. La révolution a donné l’illusion qu’on pouvait tout effacer et recommencer à zéro. Les événements ont provoqué ce flottement mais, bien sûr, avec le temps, on s’est rendu compte qu’il n’en était rien. Le fait d’avoir vécu pendant un an avec une femme dans une situation précaire a secoué beaucoup de choses en moi et nourri mon film. J’ai rencontré beaucoup d’autres femmes grâce à elle et entendu énormément d’histoires, ce qui m’a amenée vers la fiction. Le fait d’être avec ces femmes et d’oeuvrer au sein d’une association a été le point de départ."

Différences d'ego

En Tunisie, la loi sur l’adultère prévoit les mêmes sanctions pour les deux amants, mais on constate que les plaintes émanent surtout des hommes. Hinde Boujemaa précise : "Les hommes se saisissent surtout de cette loi car l’ego de la femme n’est pas blessé de la même manière. Elle va prendre sur elle et se dire qu’elle n’est pas assez bien. Alors que l’ego de l’homme est social. « Qu’est-ce qu’on va penser de moi ? ». Cette préoccupation fait toute la différence. Il est plus facile pour les hommes d’aller porter plainte avec une loi qui les aide. Il faut dénoncer cette loi sur l’adultère en Tunisie qui est complètement ridicule et qui prévoit de deux mois à cinq ans d’emprisonnement pour les amants. C’est un sujet complètement tabou dans le monde arabe qu’il faut questionner. On ne doit pas se faire arrêter parce qu’on aime ailleurs ou que l’on trompe. L’Etat n’a pas à intervenir là-dedans."

Contre-emploi

Les acteurs principaux de Noura rêve sont utilisés à contre-emploi. Star glamour, Hend Sabri est ainsi dépouillée de tout artifice. Humoriste, Lotfi Abdelli endosse quant à lui un rôle très sombre... Hinde Boujemaa ajoute : "Je suis allée d’abord vers ces acteurs car j’aimais leur sensibilité qui s’accordait aux personnages que j’avais en tête. Hakim Boumsaoudi, qui joue l’amant, est employé lui aussi à contre-emploi. C’est un clown dans la vie et un amoureux qui ne s’est jamais marié. Emmener Hend Sabri, dans un univers qu’elle ne connaissait absolument pas, était un enjeu pour elle comme pour moi. Elle devait parler le tunisien d’une manière qu’elle avait complètement perdue car cela fait quinze ans qu’elle habite en Egypte. Quand elle vient en Tunisie, elle parle bien sûr la langue mais il y a des tournures de phrases, des accents qu’elle a dû réapprendre. Elle a fait un travail de titan pour casser son allure sophistiquée."

Cadre spatial

Noura rêve se déroule dans le sud du centre-ville de Tunis où l'on aperçoit d’ailleurs le lac de Tunis. Il s’agit d’un quartier très populaire. "Nous n’avons rencontré aucun problème pour les autorisations de tournage et le film va sortir là-bas. La scène du commissariat a été tournée dans une ancienne église, en plein centre-ville. Sous Ben Ali, elles ont été transformées en commissariats ou en centres pour dépister les toxicomanes", note la réalisatrice Hinde Boujemaa.

Réception tendue

Noura rêve va permettre des débats sur les rapports hommes et femmes, même si Hinde Boujemaa explique être bien plus dans une démarche artistique que sociologique. La cinéaste précise : "Il ne passera pas inaperçu dans le monde arabe. En Tunisie, il y a longtemps que Hend Sabri n’a pas été vue à l’écran. Elle a fait un film il y a 15 ans. Ici, elle transgresse, en parlant d’une manière vulgaire. On a reproduit le langage de la rue. Outre le langage qui pourra susciter des réactions, il y aura bien sûr le sujet de l’adultère. Je vais faire des débats dans toute la Tunisie. Cela va secouer des interdits et ce sera sans doute difficile dans certains pays arabes où les femmes sont lapidées. C’est pour cette raison que j’ai essayé de raconter le film à travers le prisme de Noura, pour que les détracteurs n’aient pas d’arguments. Si j’ai construit cette histoire de vengeance, c’est pour savoir s’ils sont capables d’en accepter une aussi abjecte plutôt que d’accepter une histoire d’amour. Si j’ai été aussi loin dans cette vengeance, c’est pour faire accepter mon personnage féminin et ce qu’elle vit. Ce film va être une vraie bataille et je suis prête à l’affronter."

Quelques critiques presse

BIBA par Lili Yubari - Un vrai coup de poing dans le ventre.

Positif par Denitza Bantcheva - La cinéaste nous montre, en filigrane, le quotidien et les moeurs des petites gens de Tunis, d'une façon d'autant plus éloquente qu'elle ne verse jamais dans le film à thèse.

Voici par A.V. - Un portrait fort et sensible.

20 Minutes par Caroline Vié - Une oeuvre forte.

Elle par Françoise Delbecq - Haletant comme un thriller.

Femme Actuelle par Amélie Cordonnier - Face à l'adversité, l'histoire de Noura nous invite à ne pas céder au désespoir, mais au contraire à rêver plus fort.

La Septième Obsession par Xavier Leherpeur - La première force du film est de ne jamais tomber dans le piège d’une caractérisation binaire des personnages. Ce n’est pas la sainte victime contre les salauds. C’est toujours plus subtil et complexe que cela.

La Voix du Nord par Christophe Caron - Dans l’impossibilité d’avouer sa relation, Noura est contrainte de tenir l’homme qu’elle aime à l’écart, serrant les dents quand le conjoint officiel la touche, la questionne et la harcèle. Terrible dilemme qui instaure une tension de chaque instant, le film de Hinde Boujemaa basculant même dans le thriller conjugal à la faveur d’une scène de commissariat suffocante.

Le Dauphiné Libéré par Jean Serroy - Sur un sujet classique, mais qui prend une dimension particulière dans le contexte juridique et religieux du pays où se déroule l’histoire, un film qui touche juste et fort.

Le Journal du Dimanche par Alexis Campion - Formidablement interprété, le cauchemar d’une femme adultère passible de prison en Tunisie.

Le Parisien par Renaud Baronian - Chronique assez rude d'un sujet tabou en Tunisie, « Noura rêve », film souvent âpre et remuant, bénéficie, malgré quelques longueurs, d'un très beau scénario qui prend la défense des femmes plongées dans ce type de situation aberrante, et de l'interprétation d'une grande justesse de la comédienne Hend Sabri.

Libération par Sandra Onana - Subtil dans ses dosages malgré d’évidentes inflexions démonstratives (la cinéaste Hinde Boujemaa vise à dénoncer l’injustice de la loi sur l’adultère en Tunisie, infraction passible de cinq ans de prison), Noura rêve trouve d’habiles manières de signifier les assauts symboliques menés par les hommes dans l’intimité de sa lumineuse héroïne (Hend Sabri, star dans le monde arabe).

Ouest France par Thierry Chèze - Un suspense haletant.

Première par Thierry Chèze - Le message, son portrait acéré d’une société tunisienne actuelle où l’arbitraire, la corruption et un patriarcat violent empoisonnent le quotidien, passe bel et bien. Mais la cinéaste ne s’en contente pas.

La Croix par Marie Verdier - Si Hinde Boujemaa réfute la dimension documentaire de Noura rêve, le film est particulièrement éclairant sur la condition des Tunisiennes et plus largement sur celle des femmes maghrébines.

Le Monde par Clarisse Fabre - Noura rêve s’inscrit dans la lignée de films dits « de société » sortis ces dernières années, portés par de grandes actrices. On pense à Une séparation (2011), d’Asghar Farhadi, avec Leila Hatami, une oeuvre certes plus cérébrale que militante.

Le Nouvel Observateur par Xavier Leherpeur - La fibre féministe du film suffirait déjà à nous le faire apprécier, mais, en faisant le choix d’une héroïne qui n’est ni sainte ni victime et en ayant à cœur d’évoquer la réalité tunisienne, la cinéaste étoffe son sujet.

Les Inrockuptibles par Théo Ribeton - Dès ses premières minutes, ce premier film tunisien, sorti d’on ne sait où et déjà bien verni, a de l’air et de la vie. La forme manque encore un peu d’adresse, et les moyens sont modestes (peu de personnages ou de lieux), mais Boujemaa a une remarquable manière de ne pas s’en excuser, imprimant à son apologue une force singulière, une pulsation rapide, vigoureuse, tendue comme son actrice principale.

L'avis du projectionniste

Très bon film qui démontre comment il est difficile à certaines femmes de reprendre leur liberté quand elles n'aiment plus leur mari et que la violence remplace l'amour ! A découvrir absolument