Prendre le large – de Gaël Morel

DIMANCHE 17 DECEMBRE à 17h00

Date de sortie 8 novembre 2017 (1h 43min)
De Gaël Morel
Avec Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri
Genre Drame
Nationalité français

Synopsis
Edith, 45 ans, ouvrière dans une usine textile, voit sa vie bouleversée par un plan social. Loin de son fils et sans attache, plutôt que le chômage, elle est la seule à choisir de rejoindre son usine délocalisée au Maroc…

Anecdotes

Hommage au milieu ouvrier
C'est en évoquant avec son père la situation du textile à Villefranche-sur-Saône, où il a longtemps travaillé lui-même comme ouvrier, que Gaël Morel a eu l’idée de cette femme qui accepte un reclassement au Maroc. Le cinéaste a ainsi voulu, avec Prendre le large, rendre hommage au milieu ouvrier d’où il vient. Il explique : "Le textile est complètement sinistré dans ce département et les délocalisations y sont nombreuses. A Tarare, non loin de Villefranche, 80% des usines ont mis la clé sous la porte. Quelques-unes sont encore en activité dans ce bassin, parmi lesquelles celle où a travaillé mon père. J’ai eu la chance de pouvoir tourner dans ce décor si important pour moi toutes les séquences montrant le personnage d’Edith au travail en France."
Une réalité qui fait froid dans le dos
Des offres indécentes du même type que celle proposée au personnage de Sandrine Bonnaire sont inscrites dans la loi du travail. Gaël Morel confie : "Récemment, les ouvriers de Whirlpool se sont vu proposer un salaire de 400 euros s’ils acceptaient d’être reclassés en Pologne où leur usine va être délocalisée. Ce n’est pas sérieux ! La situation que j’imagine n’appartient pourtant pas à la science-fiction : durant la crise en Espagne, beaucoup de gens ont préféré partir temporairement au Maroc plutôt que de rester sans travail dans leur pays."
Gaël Morel sur Sandrine Bonnaire
"Sandrine fait partie de ces actrices qui donnent une direction aux scénarios au moment de l’écriture. C’est une belle actrice au sens absolu du terme. Même lorsqu’elle porte une blouse, elle a ce port de tête et cette souplesse incroyable, qui, en même temps, ne sont pas à côté du personnage puisqu’elle-même est issue de la classe ouvrière. C’était une chance pour moi qu’elle accepte de jouer Edith comme cela a été une chance de pouvoir diriger Catherine Deneuve dans Après lui et Béatrice Dalle dans Notre paradis. Ces trois actrices aux tempéraments incroyablement éloignés ont en commun de faire corps avec le film et d’être complices du metteur en scène. Elles sont dans le don. Ce sont des muses."
Loin des cartes postales
Gaël Morel a choisi de situer l'intrigue du film au Maroc car c'est le seul pays d’Afrique du Nord qui offre autant de sécurité aujourd’hui, mais aussi parce que ce pays est associé aux vacances. Ainsi, imaginer ne Française mener une vie d’ouvrière au Maroc, loin des images de cartes postales, créait un phénomène de singularité.
Collaboration au scénario
Gaël Morel a collaboré pour la première fois avec Rachid O. qui cosigne le scénario de Prendre le large. Le cinéaste a procédé de la sorte parce qu'il avait besoin de l’appui de quelqu’un connaissant le Maroc de l’intérieur. Morel précise : "Rachid, qui a vécu jusqu’à trente ans au Maroc, était un complice parfait. Lui et moi nous sommes rencontrés il y a une vingtaine d’années lorsqu’il a publié son premier roman, L’Enfant ébloui. Nous sommes devenus amis mais n’avions jamais encore travaillé ensemble. Ce film était l’occasion."
L'usine
C’est le producteur exécutif au Maroc, Frantz Richard, qui a présenté à Gaël Morel, parmi d’autres possibilités de décors, une usine allemande délocalisée à Tanger qui correspondait exactement à ce qu'il avait en tête en écrivant le scénario."C’était essentiel pour pouvoir rendre compte de la manière dont ces usines fonctionnent et restituer la vérité de leur activité quotidienne, notamment le bruit presque insoutenable qu’on entend dans les ateliers. Vient s’y ajouter celui de la musique diffusée aux ouvrières pour accélérer leur rythme - j’ai dû le retirer au montage, aucun spectateur n’aurait pu tenir. J’avais besoin de ce terreau de réalité pour construire ma fiction", se rappelle le metteur en scène.
Les deux autres personnages importants
Mouna Fettou et Kamal El Amri, qui interprètent Mina et Ali, ont été choisis très rapidement par Gaël Morel. Pour Mina, le réalisateur voulait une actrice qui s’oppose à Sandrine Bonnaire sur le plan physique mais capable de jouer la même musique. Morel développe : 
"Mouna Fettou a cela, terrible en colère et presque enfantine quand elle sourit. J’avais rencontré plusieurs jeunes acteurs pour le personnage d’Ali, et j’ai adoré Kamal parce que c’est un bloc de vérité. Son physique et cet accent très léger qu’il a lorsqu’il parle le français en font le genre de garçon qu’on croise tous les jours à Tanger. Je le trouve touchant parce qu’il est en devenir : on voit l’enfant qu’il est, on imagine l’adulte qu’il deviendra : il est dans l’entre-deux."
Référence de prestige
Gaël Morel avait en tête, pendant le tournage de Prendre le large, le film Stromboli de Rossellini. Le cinéaste explique : "Cela se traduit de façon très concrète. Au moment de tourner les scènes dans le Rif, par exemple, - j’ai éprouvé le besoin de revoir le film. J’étais certain, d’une façon presque superstitieuse, qu’il allait m’apporter des réponses. J’ai revu les plans dans lesquels Ingrid Bergman chute alors qu’elle est en train de gravir le volcan, et le décalage entre sa tenue vestimentaire et son ascension m’a sauté aux yeux : elle n’est pas habillée pour ça. C’est exactement ce genre de décalage que je voulais pour ces scènes avec Sandrine Bonnaire : les vêtements qu’elle allait porter dans la scène ne pouvaient pas être ceux d’une saisonnière ! Cela réglait beaucoup de choses. Il y a sûrement d’autres influences dans mes films que je serais sans doute incapable de nommer. C’est l’amour du cinéma qui m’a amené à ce métier. Je ne crois pas à la génération spontanée."

Quelques critiques presse

Les Inrockuptibles par Bruno Deruisseau
Entre l'agonie de la classe ouvrière française et l'exploitation de celle du Maroc, une femme cherche les conditions de sa réinvention. Un très beau portrait, illuminé par une Sandrine Bonnaire retrouvée.
aVoir-aLire.com par Claudine Levanneur
Entre chronique sociale et drame intimiste, Gaël Morel et Sandrine Bonnaire unissent leurs talents et nous proposent une histoire optimiste sur fond de délocalisation.
La Croix par Céline Rouden
Chronique de la fin de la classe ouvrière et des ravages de la mondialisation, le dernier film de Gaël Morel est surtout un magnifique portrait de femme. Il offre à Sandrine Bonnaire l’un de ses meilleurs rôles.
La Voix du Nord par Philippe Lagouche
Ce monde du travail dont il est issu, Gaël Morel le filme sèchement quitte à vagabonder sur les rives du film noir et du mélodrame lorsque rebondit le récit. Son lyrisme, ses effluves de romanesque, il les réserve à de belles figures féminines embarquées dans ce long et douloureux chemin qui mène à l’émancipation.
Le Figaro par Nathalie Simon
Dans le dernier film de Gaël Morel, la comédienne part au Maroc, où son usine de textile est délocalisée. Un rôle à travers lequel elle porte l'histoire du début à la fin.
Le Parisien par Pierre Vavasseur
Dans « Prendre le large » de Gaël Morel, Sandrine Bonnaire, qui incarne Edith, une ouvrière du textile meurtrie par la relation quasi inexistante avec son fils, est remarquable.
Ouest France par La Rédaction
Avec parfois la force d'un documentaire social, ce film est porté par l'interprétation de Sandrine Bonnaire, toujours aussi criante de vérité.
Positif par Olivier De Bruyn
Toujours à bonne distance de son sujet et de ses personnages, Gaël Morel ("Après lui", "Notre paradis") signe son meilleur film, aussi convaincant dans la délicatesse de son approche psychologique que dans sa radiographie d'un univers social déliquescent.
Télé 7 Jours par Isabelle Magnier
En inversant l'habituel schéma de l'immigration économique, Gaël Morel réussit un film social entre réalisme et romanesque.
Télé Loisirs par Maryvonne Ollivry
Sans concession, ce film de Gaël Morel ("A toute vitesse", "Le Clan") croque le monde ouvrier avec justesse.
Télérama par Frédéric Strauss
Pour décrire le courage d’Edith comme sa fragilité, le cinéaste Gaël Morel et l’actrice Sandrine Bonnaire trouvent la note juste, dans un bel élan de générosité commune.
Le Journal du Dimanche par Baptiste Thion
Certes cet itinéraire d’une mère malmenée par la vie est un brin balisé, mais il séduit par son subtil mélange de délicatesse, d’âpreté et d’optimisme jamais naïf.
Le Nouvel Observateur par Xavier Leherpeur
Refusant tout lyrisme, choisissant de composer sa mise en scène autour de la rudesse de son personnage, Gaël Morel offre à Sandrine Bonnaire un beau rôle austère, assèche délicatement le récit, mais, du coup, passe à côté de sa fin.
Les Fiches du Cinéma par Marine Quinchon
Ce drame social raconte avec un souci constant de réalisme - jusqu’à flirter avec la sécheresse - l’épuisement physique et psychologique d’une femme décidée à changer de vie. Sandrine Bonnaire ne se ménage pas, mais le scénario manque un peu de souffle.
Première par Christophe Narbonne
Sandrine Bonnaire y est formidable de colère rentrée et se révèle finalement plus dardennienne que téchinienne.
Voici par Lola Sciamma
Un drame social dans l'air du temps...