Sibel – de Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti

(VO/st) Vendredi 22 Mars à 21h00 et Samedi 23 Mars à 15h00

Date de sortie 6 mars 2019 (1h 35min)

De Çağla Zencirci, Guillaume Giovanetti

Avec Damla Sönmez, Emin Gürsoy, Erkan Kolçak Köstendil

Genre Drame

Nationalités allemand, français, turc, luxembourgeois

Synopsis

Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région. Rejetée par les autres habitants, elle traque sans relâche un loup qui rôderait dans la forêt voisine, objet de fantasmes et de craintes des femmes du village. C’est là que sa route croise un fugitif. Blessé, menaçant et vulnérable, il pose, pour la première fois, un regard neuf sur elle.

Anecdotes

Naissance du projet

En 2003, Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci ont lu "Les langages de l’humanité", un livre de 2 000 pages. Un paragraphe anecdotique y mentionnait l’existence d’un petit village au nord-est de la Turquie où les habitants parlent une langue sifflée. Cela avait profondément marqué les cinéastes, ces derniers ayant beaucoup travaillé sur les langues et les possibilités de communication. Ils se rappellent : "Alors que nous voyagions dans la région de la Mer Noire en Turquie en 2014, la langue sifflée est revenue à notre esprit, et nous avons cherché le village en question. Nous voulions aller à la découverte de cette langue, savoir si elle existait vraiment, et étions animés par une curiosité d’ordre quasi ethnographique. Nous avons découvert Kusköy - qui signifie village des oiseaux. Nous craignions un peu que ça ne soit que du folklore, que seuls quelques vieux parlent cette langue. Ça n’a pas été le cas. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une langue éteinte. Les adultes la maîtrisent tous parfaitement. Mais bien sûr, la génération biberonnée aux téléphones portables la comprend moins bien. Alors les villageois ont commencé à l’enseigner à l’école, donc les enfants la pratiquent. Et dès que les smartphones ne captent plus en montagne, ça commence à siffler. Le son se diffuse beaucoup mieux ainsi. La langue sifflée n’est pas un code comme le Morse mais une véritable retranscription en syllabes et en sons de la langue turque."

Un couple à la mise en scène

Sibel est le troisième long-métrage réalisé par Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci après Noor (2014) et Ningen (2015). Les deux metteurs en scène, qui sont en couple dans la vie, expliquent au sujet de leur collaboration : "Au fil des quinze dernières années, nous avons vraiment appris à travailler ensemble. Nous disons toujours que si l’un n’est pas là, l’autre ne peut pas faire de film. Nous avons une façon de fonctionner qui repose sur le partage, quels que soient les projets et les pays que nous investissons. A force de collaborations, nous sommes devenus pleinement conscients de nos forces, et de nos faiblesses… Et comme nous sommes ensemble, le travail ne s’arrête jamais. A quatre heures du matin, on peut se réveiller pour une idée et se la raconter. Il existe entre nous une espèce de flux tendu. On confronte régulièrement nos regards et nos points de vue."

Une rencontre

Lors de leur premier voyage, Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci se sont retrouvés un jour face à une jeune femme du village, dont ils ont eu l’impression qu’elle était muette et qu’elle ne parlait qu’avec la langue sifflée. "Elle a subitement disparu dans la nature. C’est elle qui nous a inspiré le personnage de Sibel. Nous avons par la suite passé du temps au café du village, qui est le centre du monde. Une seule route s’y déploie. Voir la vie s’y dérouler donne des dizaines d’idées de fictions par minute. On a construit graduellement le personnage de Sibel et notre histoire en écoutant les villageois, en nous nourrissant de leur vécu. Nous sommes revenus de nombreuses fois à Kusköy pour creuser le récit. Nous avons façonné Sibel comme un personnage de fiction, car notre envie était de faire l’expérience, pour notre 10e film ensemble, de diriger une vraie actrice", se souviennent les cinéastes.

Références

Etant particulièrement sensibles à la culture japonaise et ayant vécu au Japon quelques années pendant la fabrication de Ningen, l’animation japonaise fait indéniablement partie des références de Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci. Ces derniers expliquent toutefois : "Mais, même si nous l’adorons, nous n’avons pas pensé à un film précis en fabriquant le film. Il y avait toutefois des références un peu plus conscientes. Nous pouvons citer le personnage de Mia dans Fish Tank d’Andrea Arnold, Rosetta des frères Dardenne, qui nous avait saisis à l’époque, ou encore Winter’s Bone avec Jennifer Lawrence. Ce sont de grandes héroïnes qui amènent du cinéma avec elles, et nous y avons été sensibles."

Sans musique

Il n’y a aucune musique dans Sibel. Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci justifient ce choix : "Nous concevons rarement nos films, au départ, avec de la musique. Cette question intervient seulement en fin de processus. Sur Sibel, comme ça avait été le cas sur Noor, nous pensions qu’il y en aurait. Mais cette fois-ci, la table de montage l’a constamment repoussée. Nous n’avions jamais rien vécu de tel. Le film n’a purement et simplement pas voulu de musique. Il arrive que l’oeuvre soit plus forte que vous, ça a été le cas ici. Pour le générique de fin, en guise de compensation, nous avons toutefois fait un choix marqué de musique, féminin et radical, qui continue de faire exister le personnage de Sibel, différemment, au-delà du film."

Processus d'écriture

A partir de la première rencontre avec cette fille ‘muette’, Guillaume Giovanetti et Çağla Zencirci ont passé beaucoup de temps sur place pour s'inspirer de la vie des gens. Il s'agissait de l’étape majeure du processus d'écriture. Ils développent : "Nous avons par exemple dormi chez le maire du village, qui nous a toujours réservé un accueil incroyable, dans la maison qui a servi de décor au film. Nous dormions dans la pièce qui est la chambre de Sibel dans le film ! Les habitants nous ont parlé de leur passé de manière très enthousiaste. C’est par exemple ainsi que nous avons glané le Mythe du Rocher de la Mariée, très important dans le film. Ils étaient à l’aise mais se demandaient pourquoi nous prenions autant de temps avant de filmer ! Ils sont en effet habitués aux caméras parce que plusieurs documentaires et études filmées ont été réalisés là-bas, qui s’intéressaient uniquement à la langue sifflée. Dont un reportage français des années 60, avec des villageois scannés aux rayons X pour analyser ledit langage. C’est ce qu’on voit au début du film."

Quelques critiques presse

Positif par Louise Dumas - Les genres de la fable engagée, du documentaire, du récit psychologique et du conte poétique vous paraissent inconciliables ? C’est pourtant le tour de force réussi par "Sibel", troisième long métrage de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti.

Télérama par Guillemette Odicino - Quel film captivant ! Venu du documentaire, le couple franco-turc Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti a su impliquer la population dans un conte forestier qui prend, de plus en plus violemment, les contours d’un suspense politique sur le courage obstiné d’une jeune femme, et son émancipation — sociale, sexuelle — dans une société patriarcale.

Bande à part par Olivier Pélisson - Un petit bijou né dans un village isolé de Turquie. Une fable progressiste. Un périple vivifiant. Et la confirmation d’un sacré univers à deux têtes, celles de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti !

Dernières Nouvelles d'Alsace par Nathalie Chifflet - La jeune fille de ce conte à la curiosité ethnographique trouve dans les bois un jeune homme blessé, prince moderne lui aussi, fugitif terrorisé, recherché pour terrorisme. Avec lui, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti font entrer la violence dans ce monde des oiseaux et des hommes, avec leur liberté fragile et des enfants prêts à s’envoler.

La Croix par Jean-Claude Raspiengeas - Jeune femme qui ne parle que le langage sifflé des montagnes turques, Sibel se rebelle contre le patriarcat et affirme avec force sa différence face aux traditions étouffantes.

La Septième Obsession par Adrien Valgalier - L'interprétation éblouissante de son actrice principale ne doit pas enlever à ce long métrage la précision de son scénario. Puisant sa vitalité narrative dans la conjugaison de multiples oppositions qui s'organisent en cercles concentriques [...], "Sibel" régénère en permanence son drame.

Le Dauphiné Libéré par Jean Serroy - Sibel, 25 ans, vit avec son père et sa soeur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Sibel est muette mais communique grâce à la langue sifflée ancestrale de la région.

Le Figaro par La Rédaction - Alternant caméra à l'épaule et plan-séquence, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti livrent ici un très beau portrait de femme, sur l'émancipation et l'acceptation de la différence.

Le Journal du Dimanche par Baptiste Thion - Un récit envoûtant porté par une actrice magnétique et une mise en scène sobre mais sensorielle.

Les Fiches du Cinéma par Gilles Tourman - Entre fable et conte réaliste, un film d’une beauté insigne sur le fond comme sur la forme.

Les Inrockuptibles par Bruno Deruisseau

Partant d’un fascinant particularisme ethnologique pour aboutir à une subtile fable d’affranchissement, "Sibel" tient son pari d’équilibriste entre fiction et documentaire avec une maîtrise, une harmonie et une grâce prodigieuses.

L'Humanité par Dominique Widemann - Le couple franco-turc de cinéastes signe un troisième long métrage qui confère à une héroïne les forces vitales de la liberté.

Ouest France par La Rédaction - Un sublime portrait de femme.

Voici par La Rédaction - Un beau film turc qui rappelle la grâce et le fougueux désir d'émancipation des filles de Mustang.

Critikat.com par Nicola Brada - Sibel, dernier né des pérégrinations du duo de cinéaste, apporte à un modus operandi bien rôdé quelques innovations importantes.

Culturebox - France Télévisions par Jacky Bornet - Film militant, féministe, contre les préjugés et l’obscurantisme, "Sibel", sans esbroufe et sobre, bénéficie également de la révélation d’une jeune comédienne belle et talentueuse en Damla Sönmez (11 prix d'interprétation dans divers festivals). Une ode puissante à la tolérance, sensible, belle et touchante.

Culturopoing.com par Valentin Carré - Percutants dans leur peinture d’une Turquie à deux vitesses, Çagla Zenzirci et Guillaume Giovanetti offrent à leur personnage une échappatoire en trompe l’œil, en demi-teinte, laissant ainsi au spectateur la place nécessaire au questionnement, entre l'amertume et l'espoir.

Le Monde par Véronique Cauhapé - Un film sensible, sensoriel, qui bat au rythme des pulsations de la nature, faisant ainsi écho aux sentiments.

Paris Match par Karelle Fitoussi - Un magnifique portrait de femme en rébellion contre une société patriarcale, quelque part entre « Manon des sources », « Rosetta » et « Mustang ».

Première par Thierry Chèze - Un beau portrait de femme.