Trois visages – de Jafar Panahi (VO /st)

Dimanche 22 Juillet à 18h

Date de sortie 6 juin 2018 (1h 40min)

De Jafar Panahi

Avec Behnaz Jafari, Jafar Panahi, Marziyeh Rezaei

Genre Drame

Nationalité iranien

Synopsis

Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes 2018. Il a obtenu le prix du scénario.

Une célèbre actrice iranienne reçoit la troublante vidéo d’une jeune fille implorant son aide pour échapper à sa famille conservatrice… Elle demande alors à son ami, le réalisateur Jafar Panahi, de l’aider à comprendre s’il s’agit d’une manipulation. Ensemble, ils prennent la route en direction du village de la jeune fille, dans les montagnes reculées du Nord-Ouest où les traditions ancestrales continuent de dicter la vie locale.

Anecdotes

Naissance du projet

3 visages est né d’une situation qui, sans être nouvelle, a littéralement explosé avec l’avènement des réseaux sociaux - extrêmement utilisés en Iran : la quête éperdue de contact, en particulier avec des personnalités du cinéma. Jafar Panahi, malgré sa situation officielle de réalisateur proscrit dans son propre pays est l’un des destinataires les plus sollicités par ces propositions - notamment de jeunes gens qui veulent faire des films. Et comme la plupart de ceux qui reçoivent de nombreux messages de la part de leurs fans sur les réseaux sociaux, il n'y répond que rarement, mais cela lui est déjà arrivé de ressentir une sincérité, une intensité qui l'ont poussé à se questionner sur la vie de celles et ceux qui envoient ces messages. Un jour, il a reçu sur Instagram un message qui lui paraissait plus sérieux, et au même moment les journaux ont parlé d’une jeune fille qui s’était suicidée parce qu’on lui avait interdit de faire du cinéma. Il a imaginé alors recevoir sur Instagram une vidéo de ce suicide, et s’est demandé comment il réagirait face à cela.

3 générations

Cette idée a croisé l’envie de revenir sur l’histoire du cinéma iranien, et ce qui avait entravé ses artistes, par différentes manières, à différentes périodes. D’où l’idée d’évoquer trois générations, celles du passé, du présent et du futur, par l’intermédiaire de trois personnages d’actrices. En composant ces trois récits est née l’image de cette route étroite et sinueuse, qui est une représentation concrète de toutes ces limitations qui empêchent les gens de vivre et d’évoluer.

Lieux de tournage

Le tournage de 3 visages a eu lieu dans trois villages, respectivement les villages natals de la mère, du père et des grands-parents de Jafar Panahi. En utilisant une caméra très sensible, envoyée par sa fille qui habite en France, il a pu travailler y compris de nuit en extérieur sans avoir besoin d’un matériel lourd. Ces villages se trouvent au Nord-Ouest du pays, dans la partie azérie de l’Iran, où les gens à la campagne sont particulièrement attachés aux traditions, avec des aspects encore très archaïques. Les comportements des habitants dans le film sont conformes à ce qui se passe dans cette région. La route sinueuse que l’on voit à l’écran existe toujours, bien qu’aujourd’hui les voitures empruntent désormais une autre route, plus large et asphaltée.

Le choix Behnaz Jafari

Au début, Jafar Panahi avait prévu que le couple qui arrive au village serait interprété par une autre actrice et son mari, qui est producteur. Finalement, cette actrice n’a pas pu faire le film, il a alors proposé le rôle principal à Behnaz Jafari, qui est une comédienne célèbre en Iran. Avec elle, Panahi a décidé de prendre le volant, pour tirer partie de sa connaissance de la langue turque azérie qu’il connaît bien, et qui facilite les relations avec les villageois, et avec la jeune fille qui a envoyé le message, relations qui sont un des enjeux du film.

Présent par son absence

Une fois le film tourné, Jafar Panahi est allé à Ispahan où vit Shahrzad. Il lui a demandé l’autorisation d’utiliser son nom. Elle a non seulement accepté mais elle a enregistré son poème, c’est sa voix qu’on entend dans le film. De même l’acteur qu’on voit sur l’affiche, Behruz Vossoughi dans le rôle-titre de Tangsir d’Amir Naderi, était immensément populaire, et l’est resté même s’il s’est exilé aux Etats-Unis après la révolution. Et Tangsir, dans un style de western contemporain, est un récit de révolte contre les corrompus, y compris religieux, dont le héros continue d’incarner un esprit auquel les Iraniens se réfèrent volontiers.

Changement de mentalités en Iran

Contrairement à ce qui s’était produit pour Taxi Téhéran, où le nom des collaborateurs ne figuraient pas au générique, cette fois tous s’y trouvent, preuve d’un changement d’état d’esprit en Iran : lors du précédent film, certains techniciens avaient peur des conséquences si leur nom apparaissait, cette fois, tout le monde a insisté pour être présent au générique. Comme on l’a vu aussi lors des manifestations fin 2017, il y a désormais en Iran des gestes de protestations beaucoup plus virulents que par le passé. Cela s’est aussi traduit par la mobilisation de l’ensemble des professionnels du cinéma en faveur de Jafar Panahi : toutes les associations professionnelles du cinéma (réalisateurs, producteurs, distributeurs, techniciens, etc.) ont écrit au Président de la République pour lui demander de l’autoriser à aller à Cannes. Mais lui, tout en saluant ce geste de ses confrères, insiste surtout sur le fait qu’on l’autorise désormais à filmer comme il l’entend dans son pays, et à montrer ses films. Panahi a également fait savoir qu’il demande que les autres réalisateurs maltraités soient laissés en paix, avec la possibilité de voyager et de tourner – à commencer par Mohammad Rassoulof, qui avait été arrêté en même temps que lui en 2009, et qui fait à nouveau l’objet de pressions administratives, les autorités lui ayant retiré son passeport après qu’il ait présenté son dernier film à l’étranger.

Critiques presse

L'Humanité par Dominique Widemann

Un grand plaisir de cinéma.

Marianne par Olivier de Bruyn

Inventif et bouleversant.

Positif par Stéphane Goudet

"Trois visages" apparaît donc comme une tentative de renouer avec un être cher, récemment disparu, pour poursuivre avec lui le dialogue en cinéma.

Bande à part par Michel Cieutat

Très bien construit, interprété avec une justesse d'expression impressionnante tant par les deux professionnels que par tous les amateurs, réalisé avec un sens du tempo très prenant, le film interpelle le spectateur de bout en bout.

Cahiers du Cinéma par Thierry Méranger

Trois Visages, magnifique travail au miroir, tire parti de la précarité de son budget et de ses conditions de tournage.

Critikat.com par Thomas Choury

Panahi se désintéresse du film-choc pour lui préférer une chronique pittoresque dont la gravité des constats se pare de fantaisie.

Direct Matin par La rédaction

Dans ce road movie d’une incroyable poésie, le cinéaste iranien fraye entre réalité et fiction et dissèque, toujours avec bienveillance, la société patriarcale de son pays.

La Croix par Jean-Claude Raspiengeas

Ce road-movie rural est aussi un hommage au regretté Abbas Kiarostami, dont Jafar Panahi fut l’assistant et le coscénariste. Bien des plans filmés derrière le pare-brise, sur les routes étroites et sinueuses de cette lointaine province, rappellent ceux de son aîné quand il tournait Au travers des oliviers ou Le Goût de la cerise.

Le Figaro par Etienne Sorin

Dans Trois visages, prix du scénario au Festival de Cannes, le cinéaste iranien reprend le volant pour dénoncer la condition des femmes dans son pays.

Le Journal du Dimanche par Barbara Théate

Jafar Panahi fait un pied de nez à un gouvernement qui limite sa liberté de mouvement et de travail en s’offrant un road-movie dans les régions turcophones archaïques du nord du pays. Le voyage, semé d’embûches et de rencontres pittoresques, se lit comme une métaphore tout en légèreté de sa carrière de cinéaste « empêché » mais combattant.

Le Monde par Thomas Sotinel

En dépit des censeurs, le cinéaste iranien signe un film bouillonnant et maîtrisé.

Le Nouvel Observateur par Nicolas Schaller

L'humour, l'intelligence, l'humilité avec lesquels le réalisateur de "Taxi Téhéran" dit son impuissance de créateur face aux difficultés de ses concitoyens et regarde ses comédiennes, ces femmes, se frayer un chemin entre les obstacles que leur dresse le patriarcat archaïque et liberticide qu'est la société iranienne, ne forcent pas seulement le respect. Ils font plaisir à voir.

Les Fiches du Cinéma par Thomas Fouet

Toujours assigné à résidence, le cinéaste poursuit sa cartographie, sensible et inspirée, de l’Iran contemporain.

Les Inrockuptibles par Jean-Baptiste Morain

Dans ce road-movie intérieur, le cinéaste enfermé retrouve au bout du chemin la liberté du cinéma qui est le sien : malicieux, intelligent, sensible, attentif et généreux.

L'Express par Eric Libiot

Le cinéma iranien a cela de formidable qu'il pousse toujours à regarder derrière les images et à écouter derrière les mots.

Libération par Elisabeth Franck-Dumas

"Trois Visages" est un grand film féministe et modérément optimiste, dont le superbe plan final résume toutes les ambivalences. Il fait le choix d’un élan vers une liberté choisie, risquée ...

Ouest France par Christophe Narbonne

Un joli film de maître, quelque peu didactique.

Paris Match par Yannick Vely

Que c’est beau le cinéma quand il est écrit et mis en scène par le réalisateur iranien Jafar Panahi.

Première par Christophe Narbonne

Trois visages dessine subtilement un nouvel autoportrait de l’artiste, cette fois dans l’Iran profond, agité par les questions relatives à la condition de la femme.

Sud Ouest par Sophie Avon

C’est une fable pleine de charme où Jafar Panahi se met en scène et où la fiction lui sert de paravent pour approcher, de façon quasi documentaire, l’âme d’un pays dont il est à la fois le héraut et le pestiféré.

Télérama par Louis Guichard

Plaidoyer pour l’expression artistique, éloge des actrices (trois générations sont représentées) en porte-à-faux avec la condition féminine en Iran, ce portrait de groupe traite, une fois encore, de l’empêchement et de l’entrave.

aVoir-aLire.com par Julien Dugois

Bravant la justice de son pays, Jafar Panahi est allé imaginer une fiction qui lui permet d’interroger les responsabilités de son statut de célébrité. Et même si sa réalisation bricolée n’a rien de novatrice, le cinéaste n’a visiblement rien perdu de son envie de modernité.

Culturebox - France Télévisions par Jacky Bornet

La démonstration, à tiroirs, s’effectue toujours avec cette ironie, cet humour déjà très présent dans "Taxi Téhéran". Panahi la double de son acuité à tirer des généralités à partir du quotidien.

L'avis du projectionniste

Entre fiction et réalité, les films de ce réalisateur iranien changent de nos habitudes. Nous sommes plongés à nouveau dans les paradoxes de la société iranienne dans laquelle la place de la femme est sans cesse remise en question, même quand on lui fait miroiter une issue..Trois visages s’affirme comme le cri du cinéaste dans le désert du silence que son pays tente de lui imposer. A voir.