Dimanche 31 Mai à 17h (VO/st)
1h53min | Drame De Leyla Bouzid
Avec Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau
Synopsis
Tout public
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.
Tissage entre l’intime et le politique
Le premier film de Leyla Bouzid, À peine j’ouvre les yeux, a été tourné en Tunisie. Une histoire d’amour et de désir, son second, en France. Pour la cinéaste, ces deux films ont en commun la manière dont le fait politique et social influe sur l’intime : "Comment il peut résonner et modifier nos sentiments les plus profonds, nos comportements, notre sexualité". Elle ajoute :
"Pour ce troisième film, À voix basse, j’ai souhaité retourner en Tunisie, plus précisément dans une ville balnéaire où j’ai passé mes vacances d’été : Sousse. Ce film poursuit le tissage entre l’intime et le politique, en s’intéressant au personnage de Lilia, qui cache une partie de sa vie à sa famille."
La ville de Sousse
La ville de Sousse est centrale dans ce film. Elle se trouve à 160km au sud de Tunis, sur la côte est, dans la région dite du Sahel tunisien. La ville est marquée par l’Histoire : elle fut l’une des principales cités portuaires de l’Afrique romaine. Puis, une ville prospère lors de la période arabo- musulmane. La réalisatrice Leyla Bouzid explique : "Depuis les années 80, le choix a été fait de la rendre touristique et son essence a été progressivement dénaturée. Son centre-ville, dit de style colonial, a été laissé à l’abandon pour l’étendre perpétuellement avec de nombreux complexes hôteliers. C’est une ville patchwork qui, malgré une modernité affichée, est restée très conservatrice."
"Le film, est pour moi, profondément ancré dans ces deux espaces : cette maison et la ville de Sousse qui, ensemble, incarnent la tension entre tradition et modernité."
La thématique Queer
Avec le récit de la vie du personnage de Daly se déploie la manière dont s’est joué, dans cette famille bourgeoise tunisienne, le rapport à l’homosexualité. Leyla Bouzid confie : "Perçue comme une tare, traitée comme une maladie, le mal-être suscité s’est propagé à tous. J’ai été saisie en découvrant à quel point, dans chaque famille tunisienne, il y a un « Daly ». Cet oncle, ce cousin, cette connaissance, dont l’existence a été écrasée, et qui est resté un être fantomatique. Cette mort terrible de Daly devait avoir un sens. Permettre à Lilia de se révéler."
"Avec la trajectoire de Lilia se joue l’émancipation d’une femme face à sa famille et à son pays. Comment avoir le courage et la force d’être qui elle est ? Comment construire, avoir un enfant sans le dire à sa propre mère ? Comment se déployer vers un avenir en n’assumant pas son présent ? Cela, Lilia ne le voit pas encore au début du film, elle croit que tout est sous contrôle. Et c’est là, en Tunisie, dans un contexte hostile à ce qu’elle est, que sa réalité commence à s’effriter."
Qui pour Lilia ?
Lilia est interprétée par Eya Bouteraa, dont c’est quasiment une première fois à l’écran. Quand Leyla Bouzid a rencontré Eya, la cinéaste a été frappée par la différence entre sa manière d’être dans la vie, très joviale, et sa présence à la caméra, qui laisse entrevoir une mélancolie silencieuse : "Cette présence charismatique était exactement celle que je cherchais. Eya était prête à s’emparer totalement du rôle, malgré le sujet, sans jugement, ce qui n’allait pas forcément de soi."
"Ensemble, nous avons travaillé sur la manière dont ce personnage, qui est dans le contrôle, va se fissurer petit à petit et lâcher prise pour s’ouvrir. Eya a fait un travail exceptionnel et très précis, qui allait de la voix, à la manière de marcher, de se mouvoir."
Une réalisation organique et épurée
Avec À voix basse, Leyla Bouzid poursuit le travail autour d’une mise en scène à la fois organique et épurée avec le directeur de la photographie de ses films précédents, Sébastien Goepfert. Elle se rappelle : "Le grand défi du film était de recréer l’atmosphère en clair-obscur de la maison à laquelle j’étais très attachée. De nombreuses photos de famille constituaient nos références."
"Sébastien a passé du temps dans la maison à observer la lumière, la manière dont elle se réfléchissait naturellement dans l’espace. Il a réussi à recréer avec talent ce qui m’avait marquée, enfant. Nous avons également voulu marquer une progression dans le travail de la lumière : au début, la maison est renfermée sur elle-même, sombre, la lumière s’immisce à peine."
"Puis, petit à petit, elle s’infiltre de plus en plus jusqu’à s’imposer et venir tout éclairer. Nous avons travaillé sur les tâches de lumière mouvantes, les forts contre-jours. Une grande partie des meubles et de la décoration de la maison est celle de la maison originelle de ma grand-mère. Les photos aux murs sont celles de mes aïeuls. Mais nous avons soigneusement choisi les rideaux, les teintes, les couvertures, les couleurs des costumes…"
Abus de Ciné par Olivier Bachelard - Une œuvre une nouvelle fois vibrante et délicate.
Bande à part par Olivier Pélisson - Leyla Bouzid retrouve sa Tunisie originelle pour son puissant troisième long-métrage. L’occasion de tendre à son pays un miroir profond sur le tabou de l’homosexualité et l’acceptation collective, à travers le portrait de trois générations de femmes, et d’un homme, filmé en creux.
Dernières Nouvelles d'Alsace par Nathalie Chifflet - Avec le même soin et la même compassion que Hafsia Kerzi avec La Petite Dernière, Leyla Bouzid explore avec finesse la condition de femme lesbienne confrontée à la culture musulmane la plus conservatrice.
L'Humanité par Sophie Joubert - Un beau film sur l’interdit de l’homosexualité qui perdure encore dans le pays.
La Croix par Céline Rouden - Un film plein de pudeur et de silences.
Le Dauphiné Libéré par Nathalie Chifflet - Leyla Bouzid met en scène ce récit queer d’affirmation de soi avec d’infinies précautions, sans démonstration, sans excès, dans une approche qui applique presque de manière programmatique son titre.
Le Monde par Bo. B. - A la violence de la société qui frappe ceux qui sont à la marge, Leyla Bouzid répond par la douceur. Son film, avec cette caméra attentive, déborde de tendresse pour ses personnages sans jamais se cantonner à quelque chose de lisse.
Le Parisien par Renaud Baronian - Un film magnifique.
Les Echos par Adrien Gombeaud - Un film qui sonde l'homophobie d'une société et d'un régime brutal, mais qui s'avère curieusement tendre sur les défis de l'identité dans un monde en mutation.
Les Fiches du Cinéma par Florent Boute - Ce troisième long métrage de Leyla Bouzid raconte avec délicatesse et douceur une famille tunisienne dans toutes ses contradictions. Grâce à son écriture et à sa photographie de qualité, le film parvient à capter l’énergie d’une maison de famille.
Les Inrockuptibles par Marilou Duponchel - C’est la très belle et bouleversante idée d’"À voix basse" que de faire exister dans un même plan le présent et le passé. Un simple et léger mouvement de caméra permet à la Lilia adulte de voir apparaître sous ses yeux la Lilia enfant. Toute la dialectique d’"À voix basse" tient dans ce principe de cohabitation.
Ouest France par Thierry Chèze - Une chronique familiale tout en nuances.
Première par Thierry Chèze - Sans une once de manichéisme, A voix basse se révèle un grand film politique poignant et courageux.
aVoir-aLire.com par Laurent Cambon - Un beau et digne témoignage sur les non-dits et l’hypocrisie sociale dans une famille tunisienne. Un film courageux et attachant.
L'Obs par Xavier Leherpeur - Cette fiction frondeuse, sensuelle, fine dans son humour caustique et délicate dans sa gravité, milite pour une seule cause : l’épanouissement des corps et des amours.
Nice-Matin par Cédric Coppola - Subtil, le long-métrage préfère, à bon escient, dénoncer les dysfonctionnements avec délicatesse, d’une manière in fine pas très éloignée du récent Derrière les palmiers de Meryem Benm'Barek, dont l’action se déroulait cette fois à Tanger, au Maroc.
Paris Match par Yannick Vely - Un film parfois démonstratif mais toujours pour une noble cause : mettre à l’écran des femmes et des hommes aux passions trop longtemps cachées.
Télérama par Samuel Douhaire - Une vision sensible du tabou de l’homosexualité en Tunisie.
Version Femina par Hadrien Machart - Aussi subtil dans l’écriture que dans la mise en scène et l’interprétation des actrices, ce film touche autant qu’il interpelle.
L'avis du projectionniste
Un beau film à l’image de la société tunisienne avec ses non dits , ses sujets tabou , sa culture.
